Les sanctions contre la Russie ont-elles pénalisé les intérêts français ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Christian Jacob affirme que les sanctions contre la Russie ont pénalisé les intérêts français.

Le Vrai-Faux de l’Info avec le président Macron qui reçoit aujourd’hui Vladimir Poutine.

Une première prise de contact scrutée par les Républicains, qui prônent une approche pragmatique des relations avec Moscou. Christian Jacob, le coordinateur de leur campagne pour les législatives, était ce dimanche l’invité d’Europe 1. Il plaide un assouplissement des sanctions contre la Russie.

Christian Jacob : "Aujourd’hui ces sanctions ont pénalisé les intérêts français, les agriculteurs en particulier, il faut se sortir de ça".

Les sanctions ont pénalisé les intérêts français, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est vrai, mais il faut quand même relativiser en comprenant bien de quoi on parle. En 2014, à la suite du referendum en Crimée qui décide de son rattachement à la Russie, 37 pays en tout dont la France, décident d’imposer à Moscou des sanctions ciblées. Des banques russes sont visées, on interdit l’exportation de produits dits sensibles comme l’armement ou le matériel d’exploitation minière. Mais dès le mois d’août 2014, la Russie réagit en imposant un embargo sur l’importation de certains produits agricoles et agro-alimentaires. Les conséquences sont réelles; les exportations de produit ciblés par les sanctions s’effondrent. L’insécurité en général en Ukraine et la brouille diplomatique entraînent un ralentissement des échanges. Les exportations vers la Russie plongent de plus de 33% en 2015. Il n’y a pas que les sanctions qui sont en cause, la chute du rouble et la baisse du pouvoir d’achat des Russes ont joué aussi, mais l’impact sur l’agriculture est réel. On se souvient des producteurs de pommes et des éleveurs de porc bretons dont l’accès à ce marché a été brutalement fermé. Mais il faut savoir que la Russie, même avant l’embargo, n’absorbait que 3% de notre production agricole. Donc si certaines filières ont été touchées, elles se sont quand même redressées. L’an dernier, la Chine a plus que compensé les pertes des producteurs de porcs, qui ont trouvé un nouveau débouché. On peut estimer le coût de l’embargo pour l’agriculture française, selon les chiffres des douanes, à 400 millions d’euros. La France était le 9e fournisseur de produits agricoles en Russie, elle est maintenant 12e.

Les volumes ne sont pas énormes, mais la France perd des parts de marché ?

Et c’est ce qui pose problème, au-delà des sanctions. Il y a des opportunités qui se perdent et une rupture de confiance que les entreprises françaises s’efforcent de combattre. Avec ou sans sanctions, elles sont présentes en Russie. 6.000 entreprises y emploient 130.000 personnes, elles investissent. La France est d’ailleurs, en terme de Flux, le premier investisseur étranger dans le pays. C’est essentiel car les tensions diplomatiques ouvrent une brèche dans laquelle les concurrents s’engouffrent comme la Chine ou les pays d’Asie. Et si les exportations de la France vers la Russie se redressent, elle continue à perdre des parts de marché. La question c’est : est-ce que ce sacrifice, en vaut le coût ? Vladimir Poutine campe sur ses positions, nie toute implication dans la crise ukrainienne. Les sanctions pour l’instant ne l’ont pas fait plier.