Les prisons sont-elles à moitié pleines de gens qui effectuent de très courtes peines ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Adeline Hazan, contrôleure générale des prisons, affirme que les prisons sont presque à moitié pleines de gens qui effectuent de très courtes peines.

FAUX : les prisons ne sont pas remplies de détenus "qui n’ont rien à y faire".

La Contrôleure générale des prisons a rendu un rapport cette semaine, qui confirme les situations scandaleuses qu’engendre la surpopulation carcérale. Le président Macron a promis de construire 15 000 places supplémentaires, mais pour Adeline Hazan, ce n'est pas la bonne solution.

"Il y a des gens qui n’ont rien à faire en prison. Je constate qu’elles sont pleines presque à 50% de gens qui effectuent des peines de trois ou quatre mois, parfois pour des délits routiers".

Les prisons sont à moitié pleines de gens qui font de courtes peines. Vrai ou faux ?

C'est faux. Cela peut se rencontrer dans certaines maisons d’arrêt, qui accueillent les courtes peines justement, mais ça n’est absolument pas le cas globalement, comme le montrent les données de l’administration pénitentiaire. Au premier janvier 2017, 10 700 personnes étaient incarcérées pour des peines inférieures à 6 mois, donc un détenu sur cinq, mais attention : plus de la moitié cumulaient en fait, plusieurs condamnations, donc plusieurs peines. En réalité, 9% des détenus seulement avaient effectivement moins de 6 mois à purger. Parmi eux, un quart était là pour un délit routier. Mais on ne parle pas de petits délits. Car les courtes peines, quoiqu’en dise Adeline Hazan, sont bien aménagées, sauf pour les multirécidivistes, et c’est de ce public dont on parle, m’ont expliqué des juges d’application des peines : des gens en grand excès de vitesse alors qu’ils ont déjà tué au volant, d'autres arrêtés trois fois avec 2 grammes d’alcool… Quand tous les autres recours ont été tentés, vient un jour où la peine s’exécute. Cela dépend aussi de la personnalité de l'auteur, de sa volonté de coopérer pour pouvoir s’inscrire dans une démarche alternative... Or les profils des détenus ont changé.

Les peines prononcées sont aujourd’hui plus lourdes, mais en 1980, près de 40% des condamnés l’étaient pour vol simple, il y avait peu d’auteurs de violences. La proportion, parmi ceux qui arrivent en prison aujourd’hui, s’est complètement inversée. On y entre pour violences, viol, trafic, vol qualifié… C’est une population plus dure, plus éloignée de la société, qu’on ne peut pas toujours l'intégrer dans un parcours alternatif car cela suppose d'avoir un minimum de structures dans sa vie. Pour les juges chargés de l’application des peines, c'est une vraie difficulté.

Comment faire alors pour désengorger les prisons ?

Il existe plusieurs pistes. En plus des condamnés, une autre population engorge les prisons : les prévenus. Ceux qui attendent leur jugement. Ils forment 28% de la population carcérale. Un tiers va y rester 7 mois en moyenne, et la plupart du temps ils seront condamnés (dans 97% des cas en 2014, selon la Chancellerie). Mais deux tiers n’y passent que quelques jours avant d’être jugés en comparution immédiate. Cela engorge les maisons d’arrêts, dont le taux d’occupation atteint 140%. Pour le vice-bâtonnier de Paris Basile Ader, on devrait s’interdire de mettre  des primo-délinquants en détention provisoire. Ensuite, il y a ces 10% de détenus qui souffrent de troubles mentaux et n’ont pas forcément leur place en prison. (http://www.europe1.fr/emissions/le-vrai-faux-de-l-info2/une-majorite-de-detenus-a-t-elle-des-problemes-psychiatriques-3555497)

Et puis le gouvernement réfléchit à la construction de places moins sécurisées pour accueillir les condamnés à des peines légères, ainsi qu’au développement du travail d’intérêt général pour ces 165 000 condamnés qui sont déjà suivis en milieu ouvert aujourd'hui, mais dont la peine aménagée paraît à certains trop légère.

Maintenant, il ne faut pas se mentir : le succès de ces alternatives dépendra de l’encadrement, et donc de l’argent qu’on acceptera d’y consacrer. Le budget de la Justice, même en hausse en 2018, reste ridicule : il faudrait le multiplier quasiment par deux pour arriver au niveau de nos voisins, qu'on prend pourtant pour modèles.