Les plus pauvres ont-il accès au logement social ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Claire Hédon affirme que les plus pauvres n’ont pas accès au logement social.

Le Vrai-Faux avec la crise du logement qui touche les plus fragiles.

Situation tragique rappelée par l’association ATD Quart Monde, ce mardi. Elle s’indigne d’un système de soutien au logement à bout de souffle, qui laisse de côté les Français les plus pauvres. La présidente du mouvement, Claire Hadon, réclame une réforme de fond.

Claire Hédon : "On ne vous attribue pas un logement social parce qu’on a peur que vous ne soyez pas en mesure de rembourser. Il faudrait fixer le loyer en fonction du revenu, ce n’est pas une utopie, ça se fait au Québec".

Les plus pauvres n’ont pas accès au logement social. C’est vrai ou c’est faux ?

C’est vrai. 6,5 millions de familles touchent des APL mais d’un montant trop faible pour les plus démunis pour couvrir les loyers. Au 1er janvier 2016, 125.000 ménages vivant avec moins de 500 euros par mois, donc très en-dessous du seuil de pauvreté, étaient en attente d’un logement. L’année d’avant, seuls 21.000 de ces familles très pauvres en ont décroché un, sur un total de 340.000 logements attribués donc 6% des offres seulement, sont allées aux plus pauvres. Même 1.800 foyers qui touchent plus de 5.000 euros de revenus leur sont passés devant. 

Cela paraît aberrant, mais c’est notre système. Il attribue les logements et les aides en fonction d’une foule de critères comme les revenus, mais aussi le mode de financement de l’immeuble, ses commodités et sa situation. Résultat, les loyers, même des logements très sociaux, sont trop élevés pour ces familles et leur dossier est systématiquement retoqué. 

Pourtant, il existe des logements moins chers. Dans le parc ancien, un peu plus d’un million de logements construits avant 1977, à trois ou quatre euros le mètre carré. Problème, ils sont toujours classés comme HLM classiques, le plafond de ressource pour y avoir accès est donc élevé, à 1.676 euros. Les familles solvables passent avant celles qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté, pas toujours mais très souvent. D’autant plus que ces logements ne se libèrent jamais car quand ils y sont, les résidents y restent même si leurs revenus augmentent, il paient un petit supplément de loyer. Aujourd’hui, près de 430.000 familles qui vivent avec moins de 1.000 euros sont sur liste d'attente. C’est pour cela que réclame ATD quart Monde, que ce soient les revenus et les revenus seuls qui dictent l’attribution de logement.

Et c’est possible, ça, le Québec le fait ?

Alors, oui. Au Québec, on estime que pour vivre décemment, une famille pauvre ne doit pas consacrer plus de 25% de ses revenus au loyer. Donc quelqu’un qui touche 400 dollars en paiera 100 et le gouvernement verse la différence. Mais attention, au Québec, les aides au logement ne touchent vraiment que les plus démunis. 6% des ménages seulement sont aidés par un logement ou des aides, contre 23% des ménages français. Les aides chez nous sont dispersées, pour compenser une offre qui manque dans le privé. Pour loger les plus pauvres et que le système reste financièrement soutenable, il faudrait tout remettre à plat , augmenter les loyers de certains et libérer des logements. Un changement radical auxquels ceux que le système avantage ne sont pas forcément prêts.