L’effort pour les armées est-il inédit ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Emmanuel Macron affirme que l’effort pour les armées est inédit.

Vrai-Faux : le geste d’Emmanuel Macron envers les militaires.

Un geste sonnant annoncé juste avant le week-end par le président, qui a présenté ses vœux aux armées.

"La loi de finances votée par le parlement s’élèvera en 2018 à 34,2 milliards d’euros. Le projet de loi de programmation militaire portera la trajectoire des ressources à 2% du PIB en 2025. Dans le contexte budgétaire contraint que nous connaissons, c’est un effort inédit et incomparable"

L’effort pour les armées est inédit. Vrai ou faux ?

C’est faux, même si l’on parle d’un effort réel, qui brise un cycle de 10 ans de sous-investissement. Pendant son deuxième quinquennat, Jacques Chirac avait consentit un effort comparable pour rattraper le retard pris sous les années Jospin : en 2003, son premier budget de la Défense affiche la même hausse d’1,8 milliard, et quand il quitte l’Élysée, cinq ans plus tard, le budget des armées a augmenté de 19%.

C’est en gros la même progression que prévoit Emmanuel Macron d'ici 2022, année au cours de laquelle il remettra en jeu son mandat. Car il faut bien l’entendre: il promet de porter le budget de la Défense à 2% du PIB, hors pensions (donc à 50 milliards), mais en deux étapes distinctes : le budget des Armées atteindra 41 milliards en 2022, et plus de la moitié de la hausse promise se fera sur le prochain quinquennat. Il est impossible de prédire si la promesse sera tenue. En 2022, selon les prévisions de croissance du gouvernement, nos dépenses militaires atteindront 1,6% du PIB… Comme en 2009.

L'effort est important, mais à relativiser.

D’autant plus qu’il y a de petits pièges dans cette présentation. Les opérations extérieures de l’armée, par exemple, les fameuses Opex, sont sous-budgétées depuis des années, inscrites à moins de 500 millions dans le budget de la Défense, alors qu’elles coûtent autour d’1,2 milliard. Pour combler la différence, on prenait jusqu’alors dans les budgets des autres ministères. Demain (dès 2020), la présentation sera plus sincère et les dépenses des opex correctement programmées,  avec pour conséquence que l'argent ne sera plus ajouté au budget des Armées. Cela minore un peu les hausses annoncées.

Autre bémol : pour une meilleure gestion toujours, on a décidé de plafonner les prochains "reste à payer" de l’État à leur niveau de 2017. Les "reste à payer", ce sont les engagements qu'on a pris, mais qui ne sont pas encore financés (les factures en souffrance). Or la Défense en a énormément (50 milliards), parce que les programmes d’armement sont très longs : on paie encore des équipements commandés il y a 20 ans. Geler ce montant peut, demain, freiner de nouvelles commandes. Donc aujourd’hui, oui, les militaires sont rassurés : le budget est plus sincère, sa progression sécurisée, les effectifs augmentent aussi. Mais pour l'effort "incomparable", on n’y est pas encore : il faudra atteindre 2025 pour le vérifier.