Le président de la commission a-t-il vu son salaire doubler ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Clémentine Autain affirme qu'il y a quelques jours, le président de la commission a vu son salaire doubler.

Vrai-Faux : Vent de scandale sur les comptes de campagne d’Emmanuel Macron.

Depuis plusieurs semaines, les rabais octroyés par certains prestataires pendant sa campagne scandalisent l'opposition, et une enquête fouillée de nos confrères de France Info ravive les soupçons. De nombreuses entreprises ont cassé les prix pour En Marche, certaines dirigées par des proches de l’actuel président. La Commission des Comptes de campagne (la CNCCFP) a pourtant validé ces comptes. L’Insoumise Clémentine Autain met en cause la probité de son président.

"Le président de la commission des comptes de campagne a vu le 31 mai dernier son salaire augmenter de 57%. Est-ce que c’est par remerciement d’avoir bien protégé le Président de la République ?"

Le président de la commission a vu son salaire doubler. Vrai ou faux ?

C’est vrai, mais cela n'a rien à voir avec un quelconque remerciement. Cette augmentation a été décidée par la loi, sous Francois Hollande, pour harmoniser les statuts des autorités administratives indépendantes. Le patron de cette commission était l’un des plus mal payé. En 2017, il est passé à temps plein, puis le décret qui formalise cette décision vient être publié, son salaire augmenté. Emmanuel Macron n’a rien à voir là-dedans.

En revanche, et c'est pour cela que l'affaire fait autant de remous, il est certain que la commission, concernant ces comptes de campagne, n’a pas tout vérifié. Nous nous sommes replongés dans les documents : quand elle a épluché les factures, la CNCCFP n'a repéré de ristournes suspectes (au-delà de 20%) que pour 19 événements. Pour chacun, elle a demandé des clarifications, mais ce qu’elle a obtenu, le plus souvent, c’est une simple lettre de l’organisateur affirmant que OUI, ces ristournes étaient bien des pratiques habituelles. Et comme la commission n’a aucun pouvoir ni moyen de vérifier, ou d’enquêter sur place. Elle n’est pas allée plus loin.

Officiellement, ces ristournes n’ont porté que sur 216 000 euros. Mais il y en a eu d'autres que la Commission n'a pas vues. Notamment un théâtre parisien, loué par un proche du président à 25% de son vrai prix : la facture initiale ne mentionne pas de ristourne, ce sont les journalistes qui l'ont découverte. Dans ce cas, et c'est logique, rien n’a été vérifié.

Mais ces comptes de campagne ont été validés, "jugés", a dit Emmanuel Macron depuis le Canada. Peut-on rouvrir le dossier ?

Oui, on le peut. Le code électoral interdit, pendant la campagne, les rabais excessifs, parce que cela s'apparente à un don déguisé. Le donateur espère, peut-être, en tirer bénéfice plus tard : c’est un délit pénal, puni de trois de prison et d’une lourde amende. Alors Aujourd’hui monsieur Macron est couvert par l’immunité présidentielle, mais ceux qui ont consenti ces rabais, les membres de sa campagne qui les ont négociés ne le sont pas. Et le parquet de Paris (qui a cette compétence) peut parfaitement décider d’ouvrir une enquête, sans plainte ni signalement (il peut s'autosaisir), s’il soupçonne qu'il y a matière à le faire. Contrairement à la CNCCFP, il pourrait exiger, ou saisir, les factures d’autres événements organisés par les prestataires concernés, les comparer aux tarifs appliqués à En Marche, et décider si cela mérite d’aller plus loin, d’engager des poursuites, ou, au contraire, de classer l’affaire. Selon nos informations, aucune enquête, à ce jour, n’a été ouverte.