L'augmentation du forfait hospitalier peut-elle se justifier ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Thierry Beaudet affirme que rien ne justifie que l’on augmente le forfait hospitalier.

Le Vrai Faux de l’Info avec le coup de colère des mutualistes.

Le projet de loi financement de la sécurité sociale doit être présenté tout à l’heure : il prévoirait plus de cinq milliards d’économies sur les dépenses d’Assurance Maladie. Et les patients, eux aussi, seront mis à contribution. Le forfait hospitalier, c’est la somme que tout le monde paie par journée d’hospitalisation, devrait passer de 18 à 20 euros. Une augmentation que devront supporter les mutuelles, Thierry Beaudet, le patron de la Mutualité Française est scandalisé.

"Le forfait hospitalier, il a été créé en 1983. A l’époque 20 francs, trois euros. L’idée c’est que quand on est hospitalisé on peut contribuer à ce qu’on aurait payé pour manger chez soi. Là, je peux vous dire que ce n’est pas une histoire d’inflation. La plupart des Français, ils se nourrissent pour moins de 20 euros !"

Rien ne justifie qu’on augmente le forfait hospitalier, c’est vrai ou c’est faux ?

Au regard des seuls chiffres, c‘est faux, car le forfait hospitalier, mis en place c’est vrai par la gauche en 1983, ne sert pas simplement à payer les repas. Il recouvre toutes les dépenses d’hébergement des établissements de santé. Donc, les repas, le ménage et la blanchisserie. Or, ces frais sont loin d’être couverts par le forfait hospitalier.

Pour le vérifier, nous avons consulté une base de données que tient depuis 1992 l’hôpital d’Angers. Elle évalue l’état réel de dépense des hôpitaux. En 2015, le repas, dans un hôpital, coûte 5,7 euros en moyenne. Sachant que la même année, on a servi 157 millions de repas aux patients dans les établissements de santé : cela donne une dépense annuelle de 900 millions. Et quand vous êtes à l’hôpital vous aimez qu’on vous change vos draps, les hôpitaux utilisent 1.500 tonnes de linge par jour sur le territoire, au coût d’1,53 euro le service de blanchisserie par kilo, cela donne 840 millions par an. Sans parler des agents d’entretien qui font tourner tout cela, ces 80.000 agents de service dont la masse salariale pèse pas loin de deux milliards. Rapporté au nombre de séjours en hospitalisation complète enregistrés en 2015, le coût réel de l’hébergement approcherait plutôt, selon nos calculs, les 35 euros par jour.

L’augmentation va donc soulager les hôpitaux ?

C’est une bouffée d’air, oui, mais pas tant que ça. Parce que ce que ne dit pas Thierry Baudet, c’est que tous les Français ne paient pas ce forfait. 30% de ceux qui sont hospitalisés ne paient rien, selon une étude du Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance Maladie. Soit parce qu’ils ne restent pas très longtemps, soit parce qu’ils sont exonérés, comme les femmes qui accouchent, les nouveau-nés, les patients couverts par la CMU ou ceux qui souffrent d’une maladie du travail. Et puis il y a des mécanismes d’exonération complexes. Le montant que paient les autres atteint 50 euros en moyenne, intégralement pris en charge par les mutuelles, quelle que soit la durée, depuis une loi de 2014. Les seuls qui devraient s’en acquitter de leur poche, sont ces 4% de Français qui, au dernier recensement, n’avaient aucune complémentaire.

Au final, si la facture journalière augmente l’an prochain de deux euros, la bouffée d’air pour les hôpitaux serait de 100 à 120 millions d’euros, une goutte d’eau dans leurs dépenses qui dépassent les 80 milliards d’euros.

Mais ces 120 millions, ce sont bien les Français qui vont les payer via leurs mutuelles.

C’est vrai. Maintenant, cela ne représentera que 0,4% de ce que les organismes complémentaires reversent en soins de santé à leurs assurés. Ce qui pèse sur les patients, ce sont surtout les soins de ville, car les complémentaires financent très peu l’hôpital. Elles prennent en charge 5% de la dépense totale des soins hospitaliers. Essentiellement ces frais annexes, le forfait jour, la chambre individuelle ou la télé. Et les comptes de la santé sont dans un tel état que toute économie pour l’État, est bonne à prendre. En attendant de vraies réformes structurelles pour cette année, le gouvernement veut trouver plus de quatre milliards d’économies. On verra tout à l’heure, et on reparlera sans doute, de ce qu’il a imaginé.