L’Allemagne peut-elle détenir un clandestin pendant 18 mois ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Nicolas Dupont-Aignan affirme que l’Allemagne peut détenir un clandestin pendant 18 mois.

Vrai-Faux : Nicolas Dupont-Aignan qui dénonce une lâcheté d’État.

Le président de debout la France juge que la crise des migrants est devenue ingérable, et fustige une politique d’affichage sur l’Immigration.

"En Allemagne, le centre de rétention peut garder un clandestin 18 mois. En France, on va passer de 45 jours à 90 jours. hors vous savez combien dure le traitement d'une demande d'asile ? Un an !"

L’Allemagne peut détenir un clandestin pendant 18 mois. Vrai ou Faux ?

C’est vrai sur le papier. La Loi allemande autorise la rétention des migrants dans un centre administratif pour une durée de six mois, pouvant exceptionnellement être étendue à 18 mois si le clandestin résiste manifestement à son expulsion. C’est la durée maximale autorisée par la directive "Retour" adoptée par l’Union Européenne en 2008. La France a fixé cette durée maximale de rétention à 45 jours : c’est la plus faible en Europe. Mais cela traduit-il un laxisme de la France ? Pas vraiment.

Car il y a un monde entre ce qu’autorisent les textes, et ce font effectivement les pays. L’Allemagne n'a que 500 places dans ses centres de rétention (quand la France en compte quatre fois plus) et elle les utilise assez peu : Moins de 2000 clandestins ont été détenues en Allemagne en 2014, année de la dernière statistique, contre plus de 45.000 en France. Et partout, la durée moyenne de séjour est en réalité peu élevée : elle est de seulement 12 jours en France, et ne dépasse pas 45 jours dans 13 autres pays d’Europe, selon les données compilées par la fondation Jacques Delors. Même la Grande-Bretagne, qui n’applique pas la directive et ne fixe aucune limite à la durée de la détention des migrants, les garde dans sept cas sur 10 moins de 29 jours. En réalité, la durée de la détention n'a quasiment aucun impact sur les taux de retour.

L’Allemagne ne renvoie pas plus de clandestins que la France ?

Non. En partie car les mêmes restrictions s’appliquent dans toute l'Europe. Les droits des clandestins doivent être respectés, leur contexte de vie pris en compte : tous sont loin d’être expulsables, et lorsqu’ils le sont, il faut encore que leur pays d'origine accepte de les accueillir. C’est l’écueil principal. Seuls 44% des gens qui passent par la case rétention, en France, sont effectivement renvoyés chez eux. Un taux qu’on retrouve dans toute l’Europe, quelle que soit la durée de la rétention. Selon la Cimade, qui suit au plus près la situation des clandestins retenus dans les CRA (centres de rétention administratifs) en France, le manque de temps fait échouer moins de 4% des procédures d'expulsion. Passer la rétention à 90 jours est d'abord un signal politique, la marque d'un durcissement, mais dans les faits, cela ne changera pas grand-chose.

Nicolas Dupond-Aignan affirme aussi qu’Angela Merkel a supprimé le regroupement familial pour les réfugiés. Est-ce vrai ?

Non, c’est faux. Le regroupement familial reste un droit pour les réfugiés, mais ce droit a été suspendu, jusqu’en juillet 2018, pour les bénéficiaires de la protection subsidiaire (qui est une protection moins forte que le droit d’Asile). 200.000 personnes sont concernées en Allemagne, et le ministère Allemand des affaires étrangères estime que 60.000 proches de migrants seraient ainsi empêchés de rejoindre le pays. Pour les autres immigrés en situation régulière, le regroupement familial se poursuit : 220.000 personnes sont entrées en Allemagne, en 2016 et 2017, au titre du regroupement familial. En France elles ont été 180.000.