L’aide médicale d’État concerne-t-elle uniquement les situations d’urgence ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Virginie Calmels affirme que l’aide médicale d’État ne concerne pas que les situations d’urgence.

Le Vrai Faux avec les républicains qui s’attaquent, une fois de plus, à l’Aide médicale d’état.

Cette prise en charge à 100% des dépenses de santé des sans-papiers, dont le coût annuel ne cesse d’augmenter : il va friser le milliard en 2018. Une réforme est indispensable, pour Virginie Calmels, première adjointe LR au maire de Bordeaux, proche de Laurent Wauquiez.

"Un milliard d’euros dans le budget l’année prochaine pour l’AME. Est-ce que ce n’est pas simplement du bon sens de se dire qu’il est temps de réformer l’aide médicale d’État. Ce ne sont pas que des situations d’urgence !"

L’aide médicale d’état ne concerne pas que les situations d’urgence. Vrai ou faux ?

C'est un cas d'école d'argument ambigüe. C’est vrai que sur le papier, l’Aide médicale d’État concerne tous les soins (en dehors de la PMA, des cures thermales et des médicaments jugés peu efficaces), dans la limite des tarifs de la sécurité sociale. Y ont droit les étrangers présents depuis trois mois sur le territoire, sous condition de ressource. 311 000 personnes en ont bénéficié en 2016, et le coût l’an prochain, parce que le nombre de bénéficiaires augmente, va approcher le milliard. Maintenant, il faut remettre les choses en perspective. Cela représente exactement 0,47%  de nos dépenses de santé, et surtout, non, on ne parle pas de dépenses de confort : 70% de ce montant part en frais hospitaliers, 20% seulement en soins de ville. La part qu'on pourrait définir comme non-urgente semble assez restreinte, mais on manque de données, car l'Assurance maladie ne livre pas le détail des soins prodigués. On peut quand même l’évaluer : une étude conduite l’an dernier dans le camp de calais a recensé beaucoup de maladies infectieuses, des problèmes respiratoires, des traumatismes. Et plusieurs autres enquêtes conduites dans des centres d’accueil pour migrants montrent une prévalence élevée de problèmes digestifs, de maladies de peau (des gales…). Les douleurs  dentaires sont nombreuses, mais alors, seul un minimum de soins, au tarif de base, est pris en charge.

Les républicains veulent de recentrer ces aides sur un "panier de soins urgents".

Voilà. Ce qu'ils proposent, c'est un système à l’Allemande : Où seules les maladies graves, les douleurs aigües sont pris en charge, de même que les vaccins et les soins liés à la grossesse. Ils évaluent l'économie potentielle à 300 millions par an. Mais ce bon sens qu’invoque Virginie Calmels est contre-intuitif. Car réduire les soins pourrait au contraire coûter beaucoup plus cher. Des maladies chroniques, par exemple, qui ne seraient plus prises en charge, risquent de dégénérer, entraînant des situations d’urgence. C’est d’ailleurs ce qu’on observe dans les pays voisins. L’université d’Amsterdam a calculé que l’Allemagne aurait économisé 1,6 milliard ces dernières années si elle n’avait pas restreint son accès aux soins pour les étrangers en situation irrégulière. Je vous donne un exemple : le coût d’un traitement contre l’hypertension (que la France prend en charge, pas l’Allemagne) est actuellement de  800 à 1000 euros par an (parfois moins, car les médicaments sont des génériques). Mais le coût d’une hospitalisation pour un infarctus dépasse 6000 euros, et celui du traitement ensuite, est décuplé (il dépasse 10.000 euros par mois). L’inspection générale des finances avait d’ailleurs déjà alerté, en 2010, d'une possible explosion de ces coûts cachés.