L'additif alimentaire E330 est-il dangereux pour la santé ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Le député Richard Ramos, connu pour ses combats contre la malbouffe, a affirmé sur France 5 que l'additif alimentaire E330 est dangereux, c'est faux. 

Le débat fait un retour en force grâce à un député de la majorité, Richard Ramos, connu pour ses combats contre la malbouffe. Il est intervenu sur France 5  brandissant une liste affolante : les additifs alimentaires, que nous consommons tous les jours, seraient de vrais poisons.

"Je vous ai sorti une liste là, qui a été publiée par l’hôpital de Villejuif, Donc des gens. Vraiment sur les produits cancérigènes et les produits dangereux. Mais vraiment dangereux ! C’est Villejuif qui le dit ! Et le PIRE de tous, c’est le E 330. Sans rentrer dans les détails. Il est en rouge partout !"

Le E330 est vraiment dangereux. Vrai ou faux ?

C'est faux. Le E330 est en réalité de l’acide citrique, extrait des citrons, des agrumes. Un produit tout ce qu’il y a de plus inoffensif, que l’industrie utilise comme acidifiant ou exhausteur de goût. Le député Ramos s’est fait avoir. La liste qu’il brandit est une énorme fake news qui s'incruste dans le débat public depuis plus de 40 ans, née avant Internet et les réseaux sociaux.

On en retrouve la trace dès 1976. Quand l’Europe publie, un an plus tôt, sa première nomenclature des additifs alimentaires, leur utilisation fait débat, et un tract apparaît classant les substances : 187 sont qualifiées de toxiques, voire cancérigènes. L’hôpital de Villejuif est faussement citée comme source, et la liste, bourrée de mensonges, va se répandre dans toute l’Europe. Des plaintes sont déposées, des démentis paraissent, rien à faire. Cette fake news, par l’impact qu’elle aura sur l’opinion publique et l’impuissance des autorités à la contrer, est devenue un cas d’école.

Comment un député a-t-il pu se faire avoir ?

Le plus simplement du monde. Quand vous cherchez sur internet une liste des addidifs alimentaires autorisés dans l’Union Européenne, ce faux tract de Villejuif est l'une des premières qui apparaissent, et des dizaines de sites (y compris des sites dits sérieux) la relaient, en mélangeant fausses informations et soupçons plus ou moins étayés par la science. Il est presque impossible d'y voir clair. Même si on peut essayer.

L’Europe autorise aujourd’hui 348 additifs alimentaires (il y en a 48 pour les produits bios). Ce n’est pas une famille uniforme : il y a des conservateurs, des anti-oxydants, des exhausteurs de goût, des agglomérants. Leur point commun est qu’aucun n’a la moindre qualité nutritionnelle : ils sont là uniquement pour rendre le produit plus attrayant, et moins cher à produire cher pour l'industriel. Maintenant, tous subissent une batterie de tests avant d’être autorisés, toxicologiques notamment, sur au moins deux espèces d’animaux, à court et à long terme. Donc lorsque vous lisez : tel E quelque chose, est hautement toxique, non, ça n’est pas avéré. En tout cas pas pour l’homme : et c'est là que réside le problème. Certains additifs (comme le Glutamate) ont un effet neurotoxique sur les rongeurs, mais o n’a rien observé sur l’espèce humaine. Le plus controversé, le dioxyde de titane (le E171, cet agent de brillance qu’on retrouve dans les gâteaux, les dentifrices) a provoqué des lésions précancéreuses chez les rats, mais pas chez l’homme. On ne sait pas non plus quels risques font courir ses nanoparticules à long terme, si elles peuvent traverser les barrières naturelles de l’organisme. Il faudra des années à la science pour avoir une réponse. Certains, comme le député Ramos, jugent aberrant que ce produit reste autorisé en dépit des incertitudes pesant sur les effets de sa consommation, c’est en fait le vrai sens de son combat.