L'abandon de l'ISF en Suède a-t-il contribué à la croissance ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Gérard Larcher affirme que l’abandon de l’ISF a donné un point de croissance en plus à la Suède.

Le Vrai-Faux d’info avec ces espoirs que porte la réforme de l’ISF.

Cette réforme maudite qui torpille la popularité du gouvernement mais à laquelle il s’accroche tant il croit, dur comme fer, à ses effets à venir sur l’économie. Les grandes fortunes vont se débrider, investir dans l’appareil productif et la droite qui en rêvait, fait du zèle pour soutenir le Premier ministre, comme le président du Sénat, Gérard larcher.

Gérard Larcher : "L’exemple suédois le montre : l’abandon de ce type d'impôts a contribué à la croissance.. On dit même selon certains économistes que ça a permis de redonner 1% de PIB en plus".

L’abandon de l’ISF a donné un point de croissance en plus à la Suède. Vrai ou faux ?

C’est faux. En fait, c’est plus complexe que cela : quand l’ISF est supprimée en 2007, elle ne rapporte déjà plus grand-chose, 625 millions, deux ans plus tard le pays entre en récession. Le redressement de la Suède, c’est avant cette date qu’il a eu lieu grâce à un ensemble de réformes, la suppression de l’ISF n’en est qu’une parmi d’autres. Il y a notamment eu une réforme fiscale en 1991. Le pays sépare l’impôt sur les revenus du travail, qui reste progressif, de celui sur les revenus du capital, qui sont taxés par un forfait de 30%. Ça ressemble à la flat tax que veut faire le gouvernement. Sauf que, la Suède va beaucoup plus loin. Elle tranche dans ses dépenses, réduit ses niches fiscales et abolit l’impôt sur les successions. C’est cet ensemble qui fera revenir, progressivement, les investissements.

C’est intéressant, parce que ça éclaire, quoique le gouvernement puisse en dire, le caractère incomplet des réformes Macron. C’est vrai que plusieurs milliers de riches contribuables ont quitté la France depuis 15 ans, mais combien à cause précisément de l’ISF ? Ça n’est pas clair ! L’héritage pèse aussi très lourd dans la balance. Or, les droits de successions rapportent beaucoup plus que l’ISF, 12 milliards et demi d’euros, payés par 15% seulement des contribuables. Le taux le plus élevé de 45% en ligne directe, explose à 60% sans lien de parenté. En Australie ou au Canada, c’est 0%. Ça le gouvernement ne souhaite pas le changer. Et puis il y a d'autres impôts comme la taxe foncière qui rapporte 23 milliards, les droits d'enregistrements et ceux de partages. Aujourd’hui, les taxes sur le patrimoine pèsent 10,8% du PIB en France, aucun pays au monde n’atteint ces niveaux. La réforme de l’ISF fera un peu baisser ce taux mais de façon marginale.

Mais il y a aussi l’effet psychologique. Le gouvernement envoie un signal pour faire revenir les capitaux.

C’est vrai, mais la France de 2015 n'est plus celle de 2000 et les départ n’ont plus forcément les mêmes motifs. Le gestionnaire de fortune New World Health publie chaque année une étude sur les mouvements de millionnaires à travers le monde, en se basant sur les programmes de visas, les ventes de propriétés et des entretiens. La France et Paris, en particulier, sont les endroits au monde qui se vident le plus de leurs fortunes avec 12.000 départs de millionnaires l'an dernier, soit environ 3% de cette population. En haut de la liste des motifs qu’ils avouent, on ne trouve pas la fiscalité, qui joue c’est vrai, mais moins que les tensions religieuses et le manque d’opportunités en général. Une ville comme Chicago d’ailleurs, qui n’a pas de problème d’impôts mais où la criminalité explose, connaît le même mouvement.