La réponse alambiquée du Premier ministre au sujet de ses déplacements

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Edouard Philippe a affirmé que l'A340 qu'il a emprunté entre Tokyo et Nouméa n'est pas conçu pour les vols longs courriers, c'est faux.

Le Vrai Faux, avec Géraldine Woessner, et la réponse alambiquée du premier ministre sur ses déplacements.

Edouard Philippe était sur le grill, hier matin, sommé de s'expliquer sur le coût faramineux de l'avion privé qui l’a ramené à paris depuis Tokyo, avec sa délégation. Alors qu’un A340 de l’armée est reparti à vide. "J’assume totalement", a-t-il confié à RTL. "De Tokyo à Nouméa, j’ai utilisé un A340, qui n'est pas conçu pour des vols longs courrier d’ailleurs, qui n’est pas utilisé pour des déplacements ministériels ou des vols long courrier."

Cet A340 n’est pas conçu pour des vols longs courrier. Vrai ou faux ?

C’est faux. C’est même l’inverse Patrick. Cet A340, mis à disposition par l’escadron de transport Estérel de l’Armée est un Très-long courrier : on l’appelle TLRA, dans l’armée de l’Air, pour Transport à long rayon d’action, son autonomie, dépasse lourdement chargé, les 10.000 km,  et sa fonction première d’ailleurs, est de transporter des troupes sur des théâtres lointains. Il s'est illustré, en Afghanistan, au Mali, dans des missions humanitaires, après Fukushima, et c’est cet avion qui a ramené chez nous 700 sinistrés après l’Ouragan Irma. Alors, c’est vrai qu’il est ancien, l’avion a 22 ans. Et depuis que la flotte présidentielle a été renouvelée, le gouvernement l'utilise moins. L’armée de l’air n'a pas voulu me dire, hier, à quelle fréquence. Mais il reste mobilisé, ponctuellement, pour transporter des ministres, des parlementaires, des journalistes, qui accompagnent un voyage officiel. En 2008, l’année pour laquelle on a les derniers chiffres, Matignon et l’Élysée l’ont utilisé pour 420 heures de vol. Le coût, n’est pas connu, mais dans le privé on peut louer ce type d’avion pour 10.700 euros de l’heure. 3 fois moins que ce que Matignon a loué. Et moi qui l’ai pratiqué, je suis formelle ; il est bel et bien équipé de sièges business, à l'avant, qui s’inclinent très confortablement. Pas de quoi permettre à toute la délégation de s'allonger toutefois, et cette délégation, comptait 60 personnes.

Matignon a révélé le coût du déplacement : 1,3 millions d’euros. Au moins Edouard Philippe promet d’être transparent.

Il le promet, le problème c’est que le budget de Matignon ne l’est pas. J’ai regardé les documents pour 2018 : 1,4 millions d’euros sont prévus pour les déplacements, les voyages du premier ministre. Donc s’ils sont atteints en 4 jours, c'est un peu curieux. En fait les budgets précédents présentaient la meme somme, systématiquement dépassée, en 2016 le budget prévoyait 1,4 millions de dépenses, elles ont dépassé 5 millions. Le problème, c’est qu’on ne le sait qu’après coup et que le Parlement ne peut pas vraiment exercer de contrôle. Le contrôleur budgétaire de Matignon s’en émeut d’ailleurs, chaque année, rien ne change.

Dernier argument avancé : le risque de vacance du pouvoir. Emmanuel Macron devait s'envoler pour l’Algérie, on était donc à deux heures près.

Là on peut comprendre que le gouvernement ait voulu éviter une polémique. Il est souvent arrivé que les deux têtes de l'exécutif soient loin de la France en même temps, à chaque fois l’opposition a poussé les hauts cris sous la gauche, comme sous la droite… Début 2017, rappelez-vous, le président Hollande était à Malaga en Espagne, avec 8 ministres au même moment Bernard Cazeneuve s’est envolé pour la chine. Gouvernement fantôme, a titré la presse. Difficile de reprocher un excès de zèle aujourd’hui.