La lentille verte du Puy en Velay est-elle menacé par l'accord sur le CETA ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Laurent Wauquiez affirme que la lentille verte du Puy en Velay est menacé par l'accord sur le CETA.

Le Vrai-Faux avec Laurent Wauquiez qui se bat pour un plat de lentilles.

Le favori pour la présidence des Républicains monte au front contre les errements du gouvernement, qui signe d’une main le rejet d’un pesticide, le glyphosate, et de l’autre valide l’accord de libre-échange avec le Canada. Il y voit une incohérence qui menace les producteurs de son fief du Puy-en-Velay.  

Laurent Wauquiez : "Je vais vous parler de la lentille verte du Puy en Velay. On a interdit beaucoup de produits dans la culture de la lentille verte. Mais on laisse rentrer la lentille du Canada, sans même qu’il n’y ait d’information du consommateur !"

La lentille verte du Puy en Velay est menacé par l'accord sur le CETA ?

Non, l'exemple est vraiment mal choisi. Tous les producteurs auxquels Géraldine Woessner a parlé se réjouissent au contraire de cet accord qui va enfin protéger leur label. Le CETA reconnaît 145 indications géographiques protégées, dont 42 françaises. Parmi elles, les fameuses Lentilles Vertes du Puy. Or, qu’est-ce que ça veut dire ? Que les Canadiens ne pourront plus voler cette appellation, ni revendre leurs propre production dans un sachet estampillé LE PUY, aux États-Unis, aux Norvégiens ou même aux Suédois. Ça arrive tous les ans, maintenant ce ne sera plus possible puisque le Canada va devoir interdire ces pratiques. 

Et la concurrence du Canada ne les inquiète pas ?

Pas le moins du monde car la lentille c’est une filière en plein boom. La France en produit 23 tonnes par an, mais elle en importe 30. La production n’arrive pas à suivre la demande et les droits de douane sont déjà à zéro depuis plusieurs années avec le Canada. L’accord sur le Ceta ne va rien changer du tout. D’autant moins que le Canada ne produit pas la même qualité, on utilise ses lentilles surtout pour les conserves ou du premier prix. C’est logique puisque la lentille c’est une graine du Nil, elle est moins adaptée aux plaines enneigées. Les différences de législations sur le glyphosate apparaissent plutôt comme une chance, ça va donner aux produits français un avantage concurrentiel pour se développer sur ces marchés. Car si le glyphosate est déjà interdit en France pour les Cultures AOC, il reste autorisé pour les cultures conventionnelles, et le restera ailleurs, en Amérique du Nord, en Chine ou en Turquie, qui sont nos premiers fournisseurs.

Enfin c’est quand même fou de leur laisser un tel avantage ! 

C’est fou ! Là, Laurent Wauquiez a raison. Cela montre à quel point l’exécutif s’est laissé piéger par l’opinion publique dans ce débat. Au printemps dernier, le Canada a renouvelé son autorisation du Glyphosate, il considère qu’il n’y a pas risque pour la santé. Les producteurs peuvent l’épendre sur leurs lentilles jusqu’à deux semaines avant la récolte, pour faire sécher le grain. La moitié des lentilles testées au Canada ont des traces de glyphosate mais très inférieures à toutes les limites sanitaires, l’interdiction n'a donc jamais sérieusement été envisagée. Est-ce qu'on pourra les interdire demain ? Ce serait logique. Mais alors, où va-t-on se fournir ? Le Canada n'a aucun intérêt à changer ses règles pour l’Europe. Ses principaux marchés, ce sont l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh, qui lui achètent huit fois plus de lentilles que toute l’Europe réunie. Et le même raisonnement vaut pour d'autres cultures, c'est pour cela que les producteurs, de lentilles et les autres, s'indignent. Maintenir un accord de libre-échange dans des conditions, cela revient très concrètement à privilégier non pas les Européens, mais l’autre partie.