La France n'est pas championne du monde de l'épargne

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Les Français sont certes de gros épargnants mais nous ne sommes pas les champions contrairement à ce qu'affirme la député En Marche! Amélie de Montchalin.

Non, les épargnants Français ne sont pas maladivement frileux face au risque.

C’est l’un des grands chantiers de 2018 : la loi PACTE, pour la croissance et la transformation des entreprises, prévoit d’orienter l’abondante épargne des Français sur les PME. Des Français qui seraient, selon la députée en marche Amélie de Monchalin, beaucoup trop frileux. "14% du revenu est épargné par chaque Français : la France est championne d'Europe de l'épargne."

La France est championne d’Europe de l’épargne. Vrai ou faux ?

C’est faux. Les Français sont certes, de gros épargnants, mais nous ne sommes pas les champions en Europe. Les Suisses, les Luxembourgeois, les Suédois caracolent loin devant, selon l’OCDE, et même les Allemands épargnent davantage… L’Observatoire Européen de l’Epargne m’a transmis ses dernières données pour 2017 : les Français mettent de côté 14,1% de ce qu’ils gagnent. C’est beaucoup, mais moins que les 17,2% qu’on économise Outre-Rhin.

Il faut plutôt regarder la structure de cette épargne. Les Français sont plus souvent propriétaires, donc ils investissent dans leur logement, ce qui gonfle les chiffres. Mais ce qu’ils placent dans les livrets, les actions, l'assurance-vie, donc l’épargne financière, est plutôt dans la moyenne : ils y consacrent 8,5% de leurs revenus. Les Allemands sont au-dessus de 10%.

Il n'y a donc pas vraiment de spécificité française ?

Il y en a bien une, mais elle est liée à la structure de nos produits bancaires. Il faut tuer ce mythe d’un Français qui serait maladivement frileux face aux placements à risque : la plupart des Européens, sauf peut-être les Anglo-Saxons, sont comme nous. Tous ont été échaudés par les krach boursiers, les crises. Les Allemands financent très peu l'entreprise en direct, et possèdent même deux fois moins d’actions que les Français, notamment dans les PME (un Allemand détient en moyenne, directement, 3.643 euros d’actions cotées et 3.659 euros d’actions non cotées, contre respectivement 3.550 euros et 12.270 euros pour un Français.)  

En réalité ce sont les fonds de pension qui font basculer le rapport : ils sont très faibles en France, parce que les Français ont moins à se préoccuper de leur retraite. Ils privilégient l’assurance-vie (1.600 milliards d’encours, qui servent surtout à financer la dette publique ou celle des grandes entreprises) et les comptes réglementés, le livret A notamment. L'idée, c'est de réorienter un peu de cette épargne, qui ne rapporte pas beaucoup, vers les PME. Les intermédiaires (banques, assureurs), devraient pouvoir y aider, en changeant leurs pratiques et en acceptant d’assumer une partie des risques.

Mais l'argument qui consiste à dire au Français "cessez d’être peureux !" risque de faire chou blanc. Nos voisins, qui ont aussi du mal à trouver des placements qui rapportent, ne l'investissent pas davantage dans les start-up : il dort sur leur compte courant. 1.400 milliards d’euros dorment ainsi sur les comptes des Allemands, 850 milliards sur ceux des Britanniques… Contre seulement 450 milliards en France.