La France a-t-elle encore le bonnet d’âne des déficits publics ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Pierre Moscovici affirme que la France n’a plus le bonnet d’âne des déficits publics.

Vrai-Faux : l’embellie en demi-teinte des finances de la France.

L'Insee devrait le confirmer demain : la croissance atteindrait les 2% en 2017. La confiance est de retour, et pourtant Bruxelles veille. Notre déficit public doit repasser sous la barre des 3% en 2017 et s’y maintenir en 2018. Une première étape pour le commissaire Européen Pierre Moscovici. Selon lui, la France doit maintenant montrer l’exemple.

"La moyenne des déficits dans la zone euro, elle n'est pas à 2,8 ou 2,7. Elle est à 0,9%. Je me réjouis que la France quitte le bonnet d’âne, mais je souhaite qu'elle soit en tête"

La France n’a plus le bonnet d’âne des déficits publics. Vrai ou faux ?

C’est faux parce que, jusqu’à présent ce n’est pas la France qui le portait, ce bonnet d’âne, mais l’Espagne, depuis plusieurs années : c’est le seul pays, avec la France, qui soit encore sous le coup d’une procédure pour déficit excessif de Bruxelles, quand tous les autres ont réussi à réduire ou résorber leurs déficits depuis la crise. En revanche, et c’est ce qui réjouit Pierre Moscovici,  la France devrait repasser sous la barre des 3% avant elle, en 2017 justement, avec un déficit à 2,9% du PIB. C’est ce que prévoit le gouvernement. Mais attention, on ne parle encore que de prévisions : le déficit de l’État s’est amélioré d’1,3 milliards d’euros l’an dernier, à -67,8 milliards, grâce à la conjoncture : la croissance a dopé les recettes fiscales, et comme les taux sont bas, on paie moins cher les intérêts de la dette. Mais on ne connaît pas encore les comptes de la sécurité sociale, ni ceux des collectivités. Et surtout deux inconnues pèsent sur cette prévision. L’an dernier, l’État a dû payer 2,5 milliards pour restructurer son fleuron nucléaire Areva, et rembourser de l’argent, 10 milliards, aux entreprises après la censure d’une taxe de 3% sur les dividendes qu’avait créée François Hollande. Si Eurostat décide de comptabiliser cet argent en dépenses, il sera difficile de se maintenir en-dessous des 3%.

Il est donc trop tôt pour se réjouir. 

D’autant plus que dès l’an prochain, 2018, la France devrait au contraire coiffer le bonnet d’âne, selon les prévisions de la commission Européenne. L’Espagne améliorerait sa situation, contrairement à la France, dont le déficit public stagnerait à 2,9% du PIB, avant même de remonter légèrement en 2020. C’est tout le sens des critiques qu’on entend aujourd’hui : les mesures présentées par le gouvernement font peser les économies sur les collectivités, elles anticipent une baisse du chômage et donc des prestations sociales à payer. Mais elles ne s’attaquent pas à l’os, à la structure des dépenses : selon la trajectoire présentée par Bercy, les dépenses publiques augmenteront un peu moins que ce qui était prévu d’ici 2022, mais continueront bien d’augmenter, et la dette de se creuser : l’an prochain, la France empruntera un record de 195 milliards sur les marchés pour se financer. Les réformes structurelles, qui feraient baisser durablement le déficit ne sont pas encore enclenchées. D’où l’inquiétude de la Commission, et de la Cour des Comptes, qui l’a rappelé il y a quelques jours par la voix de son président, Didier Migaud : il redoute que l’embellie observée (et programmée) ne soit qu’une "illusion".