La CGT a-t-elle plus d'adhérents que l'ensemble des partis politiques ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Le syndicat revendique 680.000 adhérents, les principaux partis politiques : 1.4 million. Mais ces chiffres doivent être relativisés.

Le Vrai-Faux de l’info avec vous, Géraldine Woessner, et le patron de la CGT qui donne de la voix.

C’est un peu sa semaine, à Philippe Martinez qui se veut le fer de lance de la contestation contre la loi travail. Après le premier succès des manifestations du 12 septembre, la CGT et Solidaires appellent les salariés à descendre dans la rue demain puis les routiers suivront la semaine prochaine. Blocages en perspective, que critiquent certains partisans de ces ordonnances qui reprochent au syndicat de ne représenter personne. Philippe Martinez réplique: 

"On a plus d'adhérents à la CGT que l'ensemble des partis politiques. Le taux de participation aux élections professionnelles est supérieur à celui des présidentielles."

Alors on va prendre les choses dans l’Ordre : la CGT a plus d’adhérents que tous les partis réunis. Vrai ou faux ?

Alors, non, ça n’est plus vrai, Patrick, même si Philippe Martinez en fait un leitmotiv. Le syndicat revendique 680.000 adhérents, contre 235.000 chez les républicains, 120.000 au PS, quelques 120.000 qui se répartissent entre le Front National et le Parti Communiste.  Seulement voilà, l’an dernier, deux partis se sont créés : En Marche, et la France Insoumise. Qui, tous les deux, affichent des tableaux d’adhésions en flèche: 380.000 adhérents pour le parti présidentiel, 540.000 pour celui de Jean-Luc Mélenchon. Donc si l’on se base sur ces chiffres, ça donne CGT : 680.000, Principaux partis : 1,4 million, ce n'est pas la même chose.

Maintenant, est-ce que ces chiffres sont honnêtes. On peut en douter. Au moins pour La République En Marche et la France Insoumise, qui ne font pas payer de cotisations. Il suffit d’un clic sur internet, et vous êtes embarqués. Mais si l’on regarde le nombre d’adhérents qui ont effectivement voté quand on leur a demandé leur avis, il est moins important : 72.000 membres d’En Marche se sont prononcés pour choisir les statuts du nouveau parti. Tous les chiffres sont donc à prendre avec précaution, comme ceux de la CGT d’ailleurs. Les spécialistes estiment à 600.000, maximum, dont 1/6e de retraités. Mais ce qu’il faut retenir, c’est une tendance. Les partis politiques n’ont pas la cote, mais la CGT non plus. On est loin des trois millions de cégétistes des années 50.

Et est-ce que la participation est plus élevée aux élections professionnelles ?

Pas du tout. C’est même exactement l’inverse : la direction du travail, d’ailleurs, a compilé récemment les résultats des scrutins professionnels qui se sont tenus entre 2013 et 2017, à la fois dans les très petites entreprises, et dans les autres, celles de plus de 11 salariés, dans le secteur agricole, le résultat est sans appel : 42,7% de participation, c’est 35 points de moins qu’à la présidentielle. Et puisqu’il s’agit de légitimité : plus de 13 millions de salariés étaient inscrits pour ces élections professionnelle, la CGT a recueilli 1.3 million de voix, 24,8% des suffrages exprimés. La CFDT lui est passée devant pour la toute première fois. Cela explique la nervosité de Philippe Martinez, et le problème auquel il est confronté. Le syndicat reste puissant, dans ses anciens bastions, le secteur public, la SNCF, la RATP. Mais il perd du terrain, ailleurs, et dans les très petites entreprises, moins de 11 salariés, pourtant les plus concernées par les ordonnances, les syndicats n’ont pour ainsi dire plus de relais, seuls 7% des salariés de TPE ont voté aux dernières élections professionnelles, 7% de participation, c’est un énorme échec. Ces 4.5 millions de travailleurs sont pourtant plus concernés que les autres par les CDD, le temps partiels, leurs conditions de travail pourront être négociées au sein de l’entreprise, mais ils ne font pas confiance aux syndicats pour les représenter. Est-ce que cela veut dire que les partis politiques ont su prendre le relais. Pas sûr. Jean-Luc Mélenchon, qui appelle lui aussi à manifester samedi, a récolté les voix de la moitié des sympathisants cégétistes à la présidentielle, mais 1 ouvrier sur 10 seulement a voté pour lui, selon les enquêtes électorales, à peine plus d’employés. L’enjeu des manifestations, c’est aussi, pour la CGT comme pour la France Insoumise qui se font concurrence, d’attirer en leur sein cet électorat-là, qui n’est tout simplement plus représenté.