La Belgique a-t-elle un tribunal des médias ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Adrien Quatenens affirme qu'un tribunal des médias existe en Belgique.

Le Vrai Faux avec la proposition très débattue de Jean-Luc Mélenchon.

Après sa prestation dans l’Émission Politique, sur France 2, le leader de la France insoumise s'estime victime d’une cabale des journalistes, et demande la création d’un tribunal des médias, pour sanctionner symboliquement "les menteurs". Certains crient à la dictature mais pour Le député Adrien Quatenens, ce serait tout le contraire.

Adrien Quatenens : "En Belgique, en Suède, et au Québec, ce que nous proposons se fait. (En Belgique c'est le CSA monsieur) Non !"

Un Tribunal des médias existe en Belgique, en Suède, et au Québec. Vrai ou faux ?

C’est vrai, et pas seulement dans ces trois pays. Qu’on l’appelle Tribunal, comme au Québec ou conseil de la Presse, une centaine de pays dans le monde se sont dotés de cette instance. L’Europe de l’Ouest à elle seule en compte 16, Grande-Bretagne, en Allemagne, en Belgique. Le premier de ces tribunaux a vu le jour en Suède en 1916.

Tous fonctionnent, dans les pays occidentaux, de façon collégiale. Ils rassemblent journalistes, patrons de presse, et des membres de la société civile. Chaque citoyen peut s'adresser à eux, déposer une plainte, en complément de la Justice classique, pour des questions déontologiques. Plaintes pour manque de rigueur dans l’enquête, parti-pris du média, un titre sensationnaliste. Ces plaintes vont être étudiées et instruites comme dans un tribunal, on entend les parties. Si le média n'a pas été rigoureux, la suède peut décider d’une amende mais la plupart du temps, la sanction est symbolique : un blâme est prononcé contre le média, qui doit le publier. Alors en Belgique, c'est sur internet, on a été timide. Mais au Canada, le tribunal peut exiger des excuses publiques, lues à la télé par exemple. C’est pour ça que ces avis sont redoutés par la profession, personne ne veut voir sa réputation mise en cause.

La Belgique, l'an dernier, a reçu 130 plaintes et publié 40 avis, donc sanctions. Le Québec deux fois plus, parce que le tribunal est plus ancien. Sa responsable y voit trois vertus. Le dialogue se restaure avec le public, qui peut aussi parfois accuser à tort. Les journalistes sont plus attentifs et la liberté d'expression de la presse est aussi protégée contre les patrons de chaîne ou les grands groupes qui tentent parfois de bloquer des sujets déplaisants pour leurs actionnaires..

Donc l’idée de Jean-Luc Mélenchon n’est pas nouvelle ?

Non. Elle est même soutenue par le principal syndicat de journalistes, le SNJ. On n'arrive pas à l’instaurer parce que c’est difficile. Il faut que les médias s’entendent sur des règles communes de déontologie, acceptent de le financer ce conseil, pour qu'ils soit indépendants. Enfin, il faut qu'ils acceptent d'être jugés par d'autres et ce serait une révolution culturelle dans un pays où la presse, depuis toujours, est politisée. En Belgique, les négociations ont été très longues, plus de trois ans. À la fin, le politique est intervenu en menaçant de couper leurs subventions de ceux qui refuseraient de participer. Ça a marché car le conseil de l’Europe et l’Unesco poussent aussi à la création de ce type d’instance, perçue comme un remède à la crise de confiance qui touche les médias. Selon le baromètre de l’Union Européenne, seuls 26% des Français pensent que leurs presse est indépendante des pressions politiques, économiques. En Belgique, c’est 47%.