Jacques Attali : "En Autriche et en Allemagne, tout chômeur de plus de six mois est obligatoirement en situation de formation professionnelle rémunérée"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Faux. L'obligation n'existe qu'en Autriche et pour les personnes de moins de 25 ans.

Le Vrai-Faux de l’Info avec  Géraldine Woessner et l’ancien mentor d’Emmanuel Macron, l’économiste Jacques Attali.

Aujourd'hui président d’une fondation, Positive Planet, et toujours regorgeant de conseils qu’il adresse au pouvoir, sur CNEWS lundi, il a trouvé LA solution, pour résorber le chômage : "En Autriche et en Allemagne, tout chômeur de plus de 6 mois est obligatoirement en situation de formation professionnelle rémunérée", a-t-il dit.

C’est vrai ou c'est faux ?

C'est très exagéré. La seule obligation qui existe concerne les Autrichiens, et uniquement les jeunes de moins de 25 ans qui doivent s'inscrire dans un programme intensif, sinon ils perdent leur indemnité. Mais ça concerne 26.000 personnes aujourd'hui, la moitié des jeunes autrichiens au chômage. C’est un plus petit pays l’Autriche. Les comparaisons n'ont pas vraiment de sens.

En Allemagne, pas d'obligation. Et cette notion de contrainte date en fait d’il y a dix ans. Quand les réformes hartz du marché du travail, très dures, ont été adoptées. Il y avait 10% de chômeurs à l'époque. On a réduit à 12 mois la durée d'indemnisation et contraint les chômeurs à accepter certains emplois, ces mini-jobs, à 1 euro dits d’intérêt public. 7 millions d'allemands en occupent aujourd'hui.On a boosté, la formation mais ce n'est plus automatique. Et d'ailleurs aujourd'hui le marché du travail va tellement mieux en Allemagne, que 30.000 offres de formation ne sont pas pourvues en ce moment. On ne force pas les chômeurs à les prendre ni à changer de région pour ça.

La réalité, elle est la suivante, en Allemagne : on comptait 2,5 millions de chômeurs fin juillet, c'est quasiment le plein emploi. million de personnes, qui participent a une formation financée par l’agence pour l’emploi, mais pas forcément rémunérée.

Un million de personnes en formation, c'est énorme...

Oui. En France fin juillet, il y en avait 180.000 donc on mesure la différence. Mais le problème, n’est pas d’obliger, c’est d’avoir les structures qui permettent de les faire ces formations…. Et intelligemment. Ce n’est pas une question de moyens !

L’OCDE m’a transmis les derniers chiffres, publiées là, au mois d’août : en 2015, l'Etat français a dépensé plus que l’Allemagne pour la formation, soit 0,37% de son PIB, contre 0,2% en Allemagne… mais moins d’un chômeur sur 10 a eu accès à une formation. Outre-Rhin, c’est un sur cinq.

Comment l’expliquer ?

On a un système qui ne fonctionne pas. Un fouillis d’organismes font de la formation, 55.000 en France, en Allemagne c’est 4.000, une cinquantaine de structures qui récoltent l’argent.

On s’y perd, il y a des fraudes, des centaines de millions disparaissent en frais de gestion et en formations prétextes, captées par les actifs. Bilan : seules 18% de l’enveloppe totale de la formation va vers les chômeurs en France, en Allemagne, c’est la moitié. Ensuite, il y a un problème d'offres...

… On a des besoins sur le terrain, mais pas les formations qui correspondent. 

Voilà. Donc le problème, il est politique, syndical aussi. Les syndicats sont co-gestionnaires de ce système, qui marche sur la tête et qu’on essaie de réformer depuis 20 ans. Ça va mieux, il y a eu de réels progrès ces trois dernières années, mais il reste encore un long chemin à parcourir.