Industrie : les emplois repartent à la hausse ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, on recrée à nouveau des emplois dans l'industrie. Ce n'est pas faux, mais il faut être conscient de quoi on parle. 

Le vrai faux, avec Géraldine Woessner et les lunettes roses de Gérard Collomb.

Le ministre de l’Intérieur comprend les attentes des Français sur leur pouvoir d’achat, qu’ils n’ont pas le sentiment de voir augmenter, en dépit des promesses du gouvernement. Mais Gérard Collomb relativise : si l’opinion se focalise sur sa fiche de paie, c’est parce que tout va mieux sur front de l’emploi, selon lui.

"Il y a trois ou quatre mois, on vous aurait dit : le problème principal, c’est le chômage. Parce qu’on a créé 257.000 emplois l'an dernier. Qu’on recrée à nouveau des emplois dans l'industrie, aujourd'hui ça a changé dans les préoccupations de nos concitoyens."

On crée à nouveau des emplois dans l’industrie. Vrai ou faux ?

Ce n’est pas faux, mais il faut rester mesuré. Selon l’INSEE, l’industrie a encore perdu des emplois l’an dernier (moins 10.000), et si le solde s’affiche positif, c'est uniquement grâce à l’intérim, qui a représenté en 2017 environ 12.000 postes créés. Cela n’était pas arrivé depuis des années, donc c'est important, mais il faut relativiser: 2 milliers d’emplois, dont 8 sur 10, selon l'Unedic, ne déboucheront pas sur un poste durable, sont loin de régler le problème. D’autant moins que l’industrie a perdu 1 million d’emplois depuis 2000, et que la situation, non, ne s’arrange pas : le rebond observé est conjoncturel.

Il est lié la croissance, qui repart, entraînant une hausse de la production. Mais les autres pays d’Europe, qui connaissent la même embellie, font mieux, ils gagnent des parts de marché. La France, elle, continue d’en perdre.

Vous voulez dire que l’industrie pourrait à nouveau licencier ?

Oui, même si les signaux sont au vert, car on n’est plus structurellement en mesure de produire pour répondre à la hausse de la demande. Un chiffre illustre à la fois notre déclin, et ce défi : depuis 18 ans (depuis 2000), les dépenses intérieures en produits manufacturés ont explosé de 120%, mais notre production elle, n’a augmenté que de 17% (Source : INSEE, comptes nationaux). Donc ce que nous consommons est importé, et à l’extérieur, en Europe notamment, la France perd des parts de marché : elle fournit aujourd’hui moins de 13% des biens et services de l’Europe, contre 17% en 2000. Cette chute n’est pas enrayée : le solde commercial en 2017 pour les biens manufacturés affiche un déficit record de 40,6 milliards d’euros. A titre de comparaison, ce solde est positif de près de 90 milliards en Italie, et de 320 milliards en Allemagne.

Cela montre que même si la croissance repart, et que le pouvoir d’achat augmente, il y a peu de chances que notre industrie en profite, puisque Sur 100 euros dépensés en France, 72 euros partent à l’étranger. Et c’est un cercle vicieux. Comme nous investissons moins que nos voisins dans les équipements, les robots pour adapter notre industrie (la part des investissements en machines et équipement atteint 28% en France, contre 43% en Allemagne et en Italie, selon l’OFCE), on n’arrive pas à monter en gamme. D'un autre côté, notre coût du travail reste élevé, donc il est impossible de concurrencer les pays à bas coût. Notre industrie perd sur les deux tableaux.

Le plan de formation que prévoit le gouvernement, et qui est indispensable pour restaurer la compétitivité de notre industrie, risque de ne pas suffire. Parce qu’il est long de former des gens, et que les charges restent élevées sur les hauts salaires (ces emplois qualifiés dont la France a besoin). Les français d'ailleurs ne s'y trompent pas : le pouvoir d'achat est une attente forte, aiguisée par les promesses du gouvernement, mais l'emploi reste bien, avec le terrorisme, la première préoccupation de nos concitoyens.