Est-ce la première fois que nous avons une natalité aussi faible depuis la guerre ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Agnès Buzyn affirme que, depuis la guerre, c'est la première fois que la France a une natalité aussi basse.

Le Vrai-Faux avec l’inquiétude du gouvernement sur la natalité.

Elle baisse et le gouvernement s'en inquiète. Est-ce le signe que notre politique familiale ne fonctionne pas, se demande Agnès Buzyn, la ministre de la santé.

Agnès Buzyn : "Aujourd’hui nous avons un souci majeur, c’est la baisse de natalité. Pour la première année, elle est descendue en dessous de deux enfants par femme. C’est dramatique pour notre pays et c’est la première fois depuis la guerre que nous avons une natalité si faible"

C’est la première fois depuis la guerre que nous avons une natalité si faible. Vrai ou faux ?

C’est faux et même doublement faux. Cela fait cinq ans maintenant que la natalité est retombée sous le seuil de deux enfants par femmes. Mais elle reste à des niveaux très supérieurs à ceux observés dans les années 90. Le point le plus bas atteint depuis la guerre, c'était en 1994, quand le taux de fécondité est tombé à 1,6. C’était, cette année-là, du jamais vu depuis la guerre. C’est toujours le taux de fécondité moyen eu Europe. La différence ? C’est qu’en France, la tendance s’est retournée et que la courbe des naissances s’est progressivement redressée, jusqu’à dépasser, en 2008, ce seuil symbolique des deux enfants par femmes. En 2012, on est repassés en dessous. Le taux de fécondité oscille autour d’1,9 aujourd'hui. Oui, c’est inquiétant, parce que pour que la population se renouvelle, une femme doit avoir 2,1 enfants, en moyenne. En dessous de ce seuil, la population baisse. C’est ce qui se passe au Japon avec deux millions d’habitants en moins depuis cinq ans ou en Allemagne, qui compense par l’immigration. En France ça se voit moins, mais cela reste réel.

Cela veut dire que la politique familiale, telle qu’elle est conçue, ne marche pas ?

Le gouvernement veut ouvrir le débat, mais les experts sont partagés. Il est trop tôt pour analyser les causes de la baisse actuelle. Certains  évoquent l’âge de la maternité qui a reculé de quatre ans en 30 ans, peut-être qu’il s’ajuste encore. D’autres parlent des effets de la crise qui s’éternise, de la précarité avec notamment la multiplication des CDD, on hésite à fonder une famille. Et puis quel rôle a joué la baisse des prestations pour les plus aisés, décidée il y a deux ans ? On l’ignore.

Même si chacun reconnaît que notre politique familiale a soutenu le dynamisme passé, il y a des faits objectifs. Il est plus facile en France de faire garder ses enfants qu'ailleurs, le taux d’activité des femmes est élevé. Les allocations permettent à un ménage avec trois enfants, par exemple, d'améliorer son niveau de vie. Il est inférieur de 15% aujourd'hui à celui d’un couple sans enfants, sans allocations ce serait 26%.

Maintenant, l’immigration a aussi joué un rôle important dans tous les pays qui gardent un fort taux de natalité comme en Allemagne, qui verse plus d’aides que la France par enfant, sans effet spectaculaire.

Aujourd’hui la politique familiale, c’est 80 milliards par ans. Est-ce qu’il faut redistribuer ces aides ? Le débat va commencer.