Neige : l'État a-t-il été à la hauteur de l'événement ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Dans son Vrai-faux de l'info, jeudi, Géraldine Woessner revient sur la polémique concernant la gestion de l'épisode neigeux par l'État.

La polémique a enflé hier, attisée par les politiques impatients de relayer la grogne des Français, du moins de ceux qu’on pouvait entendre sur les chaînes d’information. Impréparation, amateurisme… pour le républicain Daniel Fasquelle, interrogé sur RTL, le gouvernement aurait dû prévoir le chaos. "Il y a évidemment un manque d’anticipation, dans un gouvernement qui ne vit que de la communication et est plus que jamais déconnecté des réalités des Français", a-t-il déclaré.

Par rapport à ce qu’on a connu dans le passé, c’est faux. Météo France, dès lundi, a placé Paris et sa région en alerte orange, mais le bulletin évoque alors 3 à 5 centimètres de neige, possiblement 10 localement, or il en est tombé 12. Ce n’est que le lendemain matin que les cumuls sont revus à la hausse, et dès 11 heures la préfecture a activé son plan neige et verglas, niveau 3, interdit la circulation des poids lourds (la mesure avait été prise la veille pour la N118) : plus de 3.700 seront orientés vers des aires de stockage.

Les services se sont mobilisés partout en France. En région parisienne, l’Etat s’est occupé de ses 700 kilomètres de réseau, 73 engins ont salé, déneigé (il n’y en avait que 60 en 2010), et l'aide, globalement, a été efficace, compte tenu de la météo et du timing : saler dans les bouchons, pendant qu’il neige, ce n’est pas l'idéal. Il y a bien eu un raté, toutefois, sur la N118, où près de 2.000 personnes sont restées bloquées. La préfecture admet une vraie faille : les services de police n’ont pas repéré le blocage, l’hélicoptère de la préfecture n'a pas pu le survoler, le plafond était bas, et personne n'a vu les gens coincés, qui se sont à bon droit sentis abandonnés. En 2010, sur cette même route, près de 8.000 personnes avaient été bloquées.

Des mesures proportionnelles à l'enneigement. Les autres routes sont gérées par les départements, les communes, qui font selon leurs moyens. A Paris par exemple, 34 saleuses étaient déployées, pour dégager les grands axes, le périphérique, les bouches de métro… Cela peut paraître peu, mais c’est proportionnel à l’enneigement qu’on connaît habituellement. Un seul camion-saleur coûte 150.000 euros tout équipé, et la circulation, la configuration de la ville à Paris compliquent les opérations.

Le Québec et New York mieux préparés. La prise de décision est plus centralisée, on a de meilleurs outils de prévision... Mais même dans les villes hyper-équipées, comme Montréal ou New York, qui dépense 500.000 dollars par centimètre déneigé, chaque année (120 millions de budget en 2015), la première neige provoque toujours un chaos. J’ai vécu dans les deux pays, les mêmes scènes se reproduisent chaque année : au Québec, tout le monde n'a pas encore posé ses pneus neiges, obligatoires au 15 décembre, et l’on recense des kilomètres de bouchons, des trains en retard, des carambolages sur les routes (il y en eu cet hiver). Simplement, comme on est habitué, on s’équipe, et on s’informe. La communication est centrale, et c’est ce qui fait défaut en France. A New York, l’école vous prévient par SMS, dès 5 heures du matin, que l’établissement sera fermé. Les transports communiquent, des GPS équipent les déneigeuses et vous êtes informés en temps réel de l’état des routes… Mais cela, ce sont des défis qui ne concernent pas seulement les autorités.