Depuis combien de temps le Smic n'a-t-il pas reçu de coup de pouce ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Jean-Claude Mailly affirme que ça fait 10 ans qu’il n’y a pas eu de coup de pouce au Smic.

Le Vrai-Faux de l’Info avec l’exaspération de Jean-Claude Mailly.

Le secrétaire général de Force Ouvrière est indigné que le gouvernement ait renoncé à un coup de pouce au Smic, le premier janvier. La hausse de 11 euros, 0,9%, ne sera que mécanique. 

Jean-Claude Mailly : "Vous savez le dernier coup de pouce il remonte à 2006. Cela fait 10 ans qu'il n'y a pas de coup de pouce au Smic"

Cela fait 10 ans qu’il n’y a pas eu de coup de pouce au SMIC, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est faux. Jean-Claude Mailly oublie le coup de pouce de 2012, juste après l’élection de François Hollande. En juillet cette année-là, le Smic a augmenté de 2%, soit 0,6 point de pourcentage de plus que la hausse automatique. L’an dernier, il a progressé un tout petit peu plus que prévu, puisque le gouvernement a choisi dans son calcul légal, de ne pas tenir compte de l’évolution négative des prix. Cela dit, hormis cette exception en 2012, aucun gouvernement n’a bougé depuis 10 ans. Le dernier coup de pouce vraiment volontariste remonte au gouvernement de Dominique de Villepin, à plus 5,5%, c’était en 2006.

Donc François Hollande a mené la même politique, sur le salaire minimum, que Nicolas Sarkozy ?

Dans les faits, peut-être, mais pas pour les mêmes raisons, c’est ce qui est intéressant. 

Nicolas Sarkozy était contre la hausse, parce qu’elle coûte cher aux entreprises qui ont beaucoup de main d’oeuvre, donc pénalise l’embauche, et qu’elle contribue à geler les salaires plus élevés, et c’est vrai que l’éventail des salaires s’est tassé, en tous cas, jusqu’en 2006. 

Mais depuis, c’est ce que notent les experts qui conseillent Bercy sur le sujet, l’écart entre les salariés au Smic et les autres s’est stabilisé. En gros, aucun ne progresse beaucoup, et si François Hollande a renoncé à d’autres revalorisations, c’est pour d’autres raisons et notamment une économie encore fragile. On ne veut pas pénaliser les entreprises au moment où elles restaurent tout juste leurs marges, c’est un coût à craindre pour les finances publiques. L’OFCE avance qu’une augmentation d’1% du SMIC coûte en fait autant à l’État qu’aux entreprises. Pourquoi ? Parce que quand vous augmentez le salaire minimum, les salaires juste au-dessus, 1,7, 1,9 smic, changent alors de ratio, ils deviennent 1,6 smic et sont donc éligibles à des baisses de charges. En gros, une hausse de 1%, c’est six euros en plus en moyenne sur la fiche de paie, mais 700 millions d’allègements de charges.

Qui pèsent sur le budget ?

Sans pour autant bouleverser la vie des salariés. Pour lutter contre la pauvreté, la prime d’activité, parce qu’elle touche plus de monde et vraiment les bas salaires comme les Smic à temps partiel par exemple, est plus chère pour les finances publiques mais plus efficace.