Dépendance des personnes âgées : le modèle nordique repose-t-il sur un fort taux d’imposition ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Valentine Trépied, sociologue, affirme que le modèle nordique repose sur un fort taux d’imposition.

Dépendance des personnes âgées : les choix de l’Europe du Nord

Les personnels des Ehpad réclament plus de moyens : six agents s'occupent de 10 résidents aujourd'hui, contre un ratio d'un pour un en Europe du Nord. Mais pour la sociologue Valentine Trépied, les situations ne sont pas comparables.

"Le modèle des pays nordiques fonctionne sur un très fort taux d’imposition des ménages donc c’est difficile de comparer la situation française à celle de l’Europe du Nord"

Le taux d'imposition explique la différence entre nos systèmes. Vrai ou faux ?

C’est faux. Si la prise en charge de la dépendance, en Europe du Nord, est bien financée par l'impôt et que celui sur le revenu y est très élevé, le poids des cotisations, en France, compense largement la différence. Nous restons les champions de la pression fiscale, selon Eurostat, et le poids de la dépense publique est très lourd : elle avale 57% du PIB, contre 50% en Suède, 45% aux Pays-Bas… Donc non, le poids des impôts n'explique pas la différence. C’est plutôt une question de contexte, et de choix.

En réalité, les pays d'Europe du Nord se sont inquiétés beaucoup plus tôt de ce qu’allaient devenir leurs aînés, dès le début des années 90, et ils ont fait des choix. Oui, ils dépensent plus pour la dépendance des personnes âgées : la Suède par exemple y consacre 3,2% de son PIB, contre 1,9% pour la France. Mais les dépenses de santé, au total, sont les mêmes. Simplement on rembourse deux fois moins les médicaments des patients suédois, leurs restes à charges sont beaucoup plus élevés (deux fois et demi, tout de même), les départs à la retraite plus tardifs... Derrière les moyens alloués, c'est un choix de société.

Un effort partagé, collectif, mais efficace.

Oui. La dépendance est bien prise en charge dans ces pays, mais attention. Eux aussi connaissent des difficultés, eux aussi redoutent de voir leurs coûts doubler d'ici 2050. Et comme ils ont beaucoup misé sur le maintien à domicile des personnes dépendantes, le système commence à se gripper. Les communes, qui distribuent les mannes de prestations, resserrent déjà la bourse, on réduit les services, et là-bas aussi, des inégalités apparaissent. Mais elles restent beaucoup moins criantes que celles observées en France, où le système, éclaté, cible mal les bénéficiaires des aides dont les plafonds ne sont pas adaptés. Ce qui conduit, souligne l'OCDE, à ces situations dramatiques : les personnes les plus dépendantes sont aussi les plus écrasées par des reste à charge… Qu’elles ne peuvent assumer.