Combien y a-t-il de migrants économiques en Allemagne ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Christophe Castaner affirme qu'il y a 300.000 migrants économiques en Allemagne.

Vrai-Faux : le gouvernement qui veut accélérer le retour des migrants.

C’est du moins l'esprit du projet que prévoit le gouvernement, dont les grandes lignes ont été présentées hier aux associations. Il prévoit un durcissement des conditions de rétention des étrangers supposés quitter le territoire. Les défenseurs des droits s’indignent, mais le ministre Christophe Castaner se justifie : la France ne peut pas accueillir tous les migrants économiques.

" Il y a l’immigration économique, par exemple tous ceux qui sont venus en Allemagne et qui n’ont pas eu la reconnaissance du statut de réfugié. ils sont plus de 300.000"

Il y a 300.000 migrants économiques en Allemagne. Vrai ou Faux ?

C’est vrai et davantage même, si l’on s’en tient aux seules statistiques officielles, c’est à dire aux personnes qui ont déposé une demande d’asile. Depuis le 1er janvier 2015 (le début de la crise migratoire), plus d’1,33 million de personnes ont demandé le statut de réfugié en Allemagne, demande accordée à 700.000 d’entre eux. 60.000 dossiers sont toujours en attente, mais le fait est là. Depuis trois ans, 570.000 migrants ont été déboutés en Allemagne. Le pays en a expulsé 68.000 en trois ans et 115.000 sont partis de façon volontaire, en bénéficiant de l’aide de différents programmes. Restent donc 400.000 personnes, venues d’Europe centrale, du Maghreb, d’Afrique ou d'Asie. Considérées donc comme des migrants économiques et qui ont pu, pour certains, traverser la frontière. En France, si l’on fait le même calcul sur trois ans, au moins 90.000 migrants dont la demande de protection a été rejetée sont toujours sur place, en tous cas ils n’ont pas été expulsés.

Un défi qui ne concerne pas que la France ?

Loin de là. Et si l’on se compare aux autres pays européens, on s'aperçoit que cette problématique des retours est la même partout. La réalité c'est qu'il n'y a pas de solution simple. Exemple avec l'Allemagne, encore, où seuls un quart des déboutés du droit d'asile ont reçu effectivement un ordre de quitter le territoire. Les autres sont protégés, pour des raisons humanitaires ou familiales. On n'expulse pas les malades, les femmes enceintes et rarement les familles. Et l'application de ces ordres d'éloignement est aussi complexe, parce qu'il faut identifier les gens, obtenir des laisser-passer de leurs pays d'origine, dont certains sont récalcitrants. Selon la commission européenne, le taux de retour effectif dans l'Union plafonne à 45%. La France est en-dessous de cette moyenne (sur le papier, car les ordres de quitter le territoire délivrés sont en proportion beaucoup plus nombreux en France qu’en Allemagne). Donc elle pense pouvoir améliorer ses procédures en durcissant, comme outre-Rhin, les conditions de rétention des migrants. Tout en gardant à l'esprit que le problème, demain, se jouera surtout aux frontières. Le nombre de nouveaux réfugiés arrivés en Europe a baissé de plus de moitié cette année, selon l’Office International des Migrations, mais 700.000 à un million de migrants sont toujours massés en Lybie, désireux de rejoindre l’Europe. Une immigration économique, essentiellement. C'est aussi à ce défi que le gouvernement devra tenter de répondre.