Combien de salariés ont ce qui s’apparente à un statut ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Philippe Martinez affirme que 97% des salariés ont ce qui s’apparente à un statut.

Les cheminots défendent leur statut

Les syndicats restent mobilisés contre la réforme de la SNCF portée par le gouvernement. La disparition du statut des cheminots pour les nouveaux embauchés cristallise la colère, notamment du leader de la CGT, Philippe Martinez, qui sera reçu ce soir par le Premier ministre. Un statut qui ne serait pas à ce point exceptionnel, selon lui.

"97% des salariés en France ont un statut. Qu’on appelle ça un statut, une convention collective... Vous les journalistes, vous avez un statut"

97% des salariés ont ce qui s’apparente à un statut. Vrai ou faux ?

C'est techniquement vrai. Selon la direction du travail, plus de 90% des salariés français sont couverts par une convention collective, qui accorde des droits supplémentaires à ceux inscrits dans la loi (en matière de salaire, de formation, de primes…) Dans l’esprit, le statut des cheminots s’apparente bien à ces conventions collectives. Mais la comparaison s’arrête là.

D’abord parce que les salariés sont loin d’être logés tous à la même enseigne. On recense 717 conventions de branche différentes en France. Certaines, très avantageuses, comme dans la banque ou la métallurgie. Mais d’autres sont à peine plus protectrices que le code du travail, comme les conventions des travailleurs de la propreté, du commerce de détail, avec des majorations minimales des heures supplémentaires, de faibles primes… Plus de 10% des salariés restent collés au SMIC, et l’écrasante majorité en France n’ont pas plus aujourd’hui, que les 5 semaines de congés légales.

Et à la SNCF ?

Entre 8 et 11 semaines, ce qui n’est pas choquant en soit :  cela compense de fortes contraintes de service, l’éloignement du domicile… D’autres secteurs sont aussi bien servis, et Philippe Martinez a raison de parler des journalistes. Mais la différence, c’est que ces conventions relèvent d’un contrat passé entre le patronat et les représentants syndicaux. Quand un secteur va bien, le rapport de force est favorable aux syndicats qui obtiennent des avantages, c'est beaucoup moins le cas dans les secteurs fragiles, ou soumis à une forte concurrence internationale.  La SNCF, elle, n'a pas à redouter cette adaptation, puisque le statut des cheminots relève de la loi.

Historiquement, l’État voulait s’assurer de la sécurité de ses transports ferroviaires : il fallait fidéliser un personnel de pointe, d’où ces avantages gagnés au fil du temps, qu’on ne peut plus adapter à la conjoncture, et dont les plus importants subsistent : l’emploi à vie, des tâches spécialisées, et un avancement automatique à l’ancienneté, tous les trois ans, quel que soit le niveau de compétence. C’est cette absence de souplesse que le gouvernement entend réformer.

Est-ce que ce statut pèse si lourd dans les problèmes de la SNCF ?

Ce n’est pas le plus important, non. La dette s’est alourdie de mauvais choix politiques, et le réseau souffre d’abord de sous-investissements. Mais la rigidité du statut n’est pas sans conséquences, notamment dans le cadre d’une ouverture à la concurrence. Un exemple : les tâches sont extrêmement cloisonnées à la SNCF. Un contrôleur de TGV ne peut pas l'être dans un TER, les conducteurs ne font pas de maintenance. Ce n'est pas le cas dans d'autres pays, et cela impacte la qualité du service, et la productivité.