Combien de personnes ne trouvent pas d'hébergement chaque jour à Paris ?

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Sylvain Maillard affirme qu'il n’y aurait qu’une cinquantaine de personnes auxquelles on ne trouve pas d’hébergement chaque jour à Paris.

Vrai-Faux : Les chiffres tronqués du gouvernement sur le nombre de SDF sans solution d’hébergement à Paris

Emmanuel Macron l'avait promis trop vite : il ne tolèrerait plus de voir des gens dans la rue, cet hiver. Promesse qui n’a pas été tenue, évidemment. Dans les rangs de la République en Marche, on tente de minimiser : Il n'y a quasiment plus de sans-abris à Paris, soutient le député LREM Sylvain Maillard. Ceux qui restent le seraient par choix.  

"Nous le chiffre que l’on a, c’est 50 SDF par jour qui dorment malgré eux, dehors, à Paris, dans le froid. (Tous les autres, c’est leur choix ?) L’immense majorité, c'est leur choix, oui"

Il n’y a qu’une cinquantaine de personne auxquelles on ne trouve pas d’hébergement chaque jour à Paris. Vrai ou faux ?

C’est faux, et c’est une grossière manipulation des données : ces 50 personnes dont parle le député, sont celles qui ont été refoulées après avoir appelé le 115 uniquement entre 19 et 23 heures. Mais le chiffre ne prend pas en compte les autres appels reçus dans la journée. Or le Samu Social de Paris nous a fourni ses données : la semaine dernière, tous les jours en moyenne, une centaine d’hommes seuls, 20 femmes, et 168 personnes en famille (enfants mineurs compris) n’ont trouvé aucun solution d’hébergement : le total approche chaque jour les 300 personnes, soit 6 fois plus que qu'avance le gouvernement. Et encore, on ne parle ici des cas connus du 115. Qu’ont fait les centaines d’autres qui n’ont jamais réussi à joindre le service, saturé ? Car la semaine dernière toujours, les agents n’ont pu décrocher le téléphone que 1300 fois par jour en moyenne, pour 6.000 appels reçus. En ce moment, une dizaine de répondants se relaient en permanence, mais c’est insuffisant. Nous avons fait le test hier : quatre tentatives, quatre fois nous avons attendu plus de 20 minutes pour rien. Nombreux sont ceux qui renoncent parce qu'ils n'ont pas de téléphone, plus de batterie ou qu'ils savent déjà qu'il n'y aura pas de place pour eux.

Sait-on combien de personnes dorment dehors, en ce moment ?

Non, parce qu’on ne les a pas recensées depuis 2012. À l'époque, il y avait 143.000 sans-abris en France, selon l'Insee. Le 24 janvier, un test a été mené dans le seul 10ème arrondissement de Paris : 450 personnes ont dormi cette nuit-là dans la rue. Le 15 février prochain, l’opération va être élargie à l’ensemble de la capitale (une première) : tous les parkings, les halls d’immeubles, les métros seront visités. Les associations estiment à au moins 3000 le nombre de personnes qui dorment dehors dans la capitale. Elles sont sans doute moins nombreuses en ce moment, car l’activation du plan Grand Froid a permis d’ouvrir de nouvelles places.

Selon Sylvain Maillard, la majorité des sans-abris dorment dehors "par choix".

C’est faux. Si certains SDF refusent l’hébergement, ils sont loin d’être une majorité. Il suffit de regarder le profil des gens qui appellent le 115 pour le comprendre. Un baromètre a été dressé en novembre dans 6 départements les plus tendus (Paris, le Nord, le Rhône, les Bouches-du-Rhône, la Seine-Saint-Denis et le Val d’Oise). Ce jour-là, 19517 personnes ont appelé le 115 pour trouver une solution d’hébergement en urgence, pour le soir même.  Plus de 56% des appelants étaient des familles (avec des enfants mineurs), un tiers des hommes seuls (souvent des jeunes, des personnes âgées, des travailleurs pauvres), et 8,7% des femmes isolées. Seuls 20,7% ont pu être hébergés : on n’a pas trouvé de solution pour 4 personnes sur 5. Elles n’ont donc pas « choisi » de rester dehors : l'offre est souvent, pour elles, soit insuffisante, soit inadaptée.