Combien de légumes cultivés en Europe sont jetés parce qu'ils sont moches ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Muhammad Yunus affirme que 30% des légumes cultivés en Europe sont jetés, parce qu’ils sont moches.

Les approximations du gaspillage alimentaire.

Une cause importante, alors que 10 millions de tonnes de nourriture sont perdues chaque année en France. Pour le prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus, il est urgent de penser à valoriser ces denrées.

"30% des légumes cultivés en Europe sont jetés parce qu’ils ne sont pas conformes à la forme standard. Des légumes laids, personne n’en veut. 30% de la production !"

30% des légumes sont jetés parce qu'ils sont laids. Vrai ou faux ?

C’est faux, mais on a tellement entendu chiffre qu’il s’est incrusté dans les têtes. Il émane d’une étude de l’agence des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (la FAO), qui a fait énormément de bruit quand elle est sortie en 2012. C’était la première fois qu’on essayait de chiffrer le gaspillage alimentaire, et en l’absence de données, l’ONU a fait avec les moyens du bord. Elle a pris les bilans de production des pays en 2007, ceux de consommation, elle a mesuré l’écart et voilà comment le chiffre est né : plus de 45% des fruits et légumes cultivés en Europe étaient perdus, selon elle, et 30% à cause de leur aspect. C'est faux, mais la grande vertu de cette étude, c’est qu’elle a tellement impressionné qu’elle a produit un choc de conscience.

Et l'Europe s'est mise au travail, pour comprendre les causes de ce gaspillage. Des études ont été lancées, et on s'est aperçu que des pertes, il y en a à tous les stades. Depuis le champ (ce sont ces productions qu'on ne cueille pas, ou qui sont abimées) jusqu'au consommateur, qui jette beaucoup. Entre les deux, les légumes peuvent pourrir pendant le stockage, s'abimer dans le transport. Les usines de transformation génèrent aussi des pertes (épluchures, fanes), de plus en plus souvent réutilisées pour de l’alimentation animale, ou transformées en biomasse. Au final la part de fruits et légumes vraiment perdus est moins importante : on l’estime, en France, autour de 18%.

Et quelle part est vraiment écartée à cause du calibrage?

Selon l’Inra ou l’agence de l’environnement (ADEME) qui suivent ces questions, environ 10% des légumes sont écartés parce qu'ils ne répondent pas au cahier des charges de la grande distribution. Mais beaucoup sont alors vendus sur des marchés locaux, ou pour de la transformation. On en fait des petits pots pour bébé, des purées. Restent 3 à 4% de produits vraiment jetés parce qu'ils sont disgracieux. Cela reste des volumes importants, mais il n'y a pas de solution miracle pour les valoriser : il faut une usine relativement proche, et que le transport soit rentable. C'est pour cela qu'on voit des dizaines de projets se monter localement, pour fabriquer des soupes, organiser les dons. C'est un vrai moyen de lutte contre le gaspillage. Mais il y en a d'autres : mieux calibrer les machines de cueillette, celles des usines de transformation, enfin accompagner le consommateur, qui reste le premier responsable de ce gaspillage. À noter quand même que les choses évoluent : depuis un an, la loi française interdit à la grande distribution de jeter ses invendus, et une application vient d’être lancée, TheFoodLife, pour savoir où, et quand, récupérer ces produits.