Combien de Franciliens prennent leur voiture pour aller travailler ?

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Anne Hidalgo affirme que sept Franciliens sur dix ne prennent pas la voiture pour aller travailler.

Le Vrai-Faux avec et la guerre des voitures en région parisienne.

Un différend a opposé lundi matin Patrick Cohen à la maire de Paris, Anne Hidalgo. Une querelle de chiffres concernant l’usage de la voiture.

Anne Hidalgo : "Sept Franciliens sur 10 ne prennent pas leur voiture pour venir à Paris travailler"

Patrick Cohen : "61 % prennent leur voiture sur les trajets domicile-travail, 61 % des Franciliens"

Anne Hidalgo : "Sept Franciliens sur 10 ne prennent pas leur voiture pour venir travailler, donc seuls trois sur…"

Patrick Cohen : "Non, c’est le contraire !"

Anne Hidalgo : "Non, non !"

Alors qui dit vrai ?

Anne Hidalgo a raison car une nuance dans son propos a échappé à Patrick Cohen. Elle ne parle pas des Franciliens en général, qui, c'est vrai, utilisent beaucoup leur voiture. Elle parle de ceux qui viennent travailler dans Paris. Là, en effet, selon les données du dernier recensement de l’Insee, 25% du million de salariés qui travaillent à Paris chaque jour le font en voiture ou en moto. Les autres empruntent les transports en commun qui se sont considérablement développés depuis 10 ans.   

Maintenant, cela reste une vision partielle du problème. Car même si elle est exacte, cette statistique exclue de fait, toute une part de la population qui ne travaille pas dans la capitale, mais doit la traverser ou la contourner pour rejoindre son lieu de travail et qui se retrouve coincée sur les voies de contournement. Cela représente, selon la dernière enquête globale sur les transports, plusieurs millions de déplacements quotidiens.

Parce que si l’usage de la voiture baisse à Paris, il augmente en grande couronne ?

Exactement, de 12% ces dernières années car les emplois se sont déplacés. La population de l'Île-de-France a augmenté, mais l'emploi a baissé à Paris intra-muros de 1,7% depuis 2001. En petite et grande couronne c'est l'inverse, les emplois ont quitté la capitale pour la périphérie. Les Franciliens se déplacent de plus en plus en voiture pour rejoindre ces nouvelles zones, pas toujours bien desservies. Les décisions prises à Paris impactent l’ensemble du réseau puisque le trafic augmente sur la Francilienne, sur l’A86 et sur les voies rapides. Les temps de trajets aussi, sont plus longs. Et si les transports en commun sont privilégiés, ce n’est pas toujours par choix, la galère devient proverbiale dans les transports. Par exemple, 360.000 des 600.000 ouvriers et employés de la capitale vivent en banlieue, ils ne peuvent pas se loger dans Paris. Toutes les enquêtes montrent une dégradation du service et la Cour des comptes estime d’ailleurs, qu’après des décennies de sous-investissements, le réseau de transports en commun est au bord de la rupture.

Autres mécontents des politiques conduites, les artisans, qui ont de plus en plus de mal à travailler dans la capitale, selon les enquêtes conduites par le secteur. Bref, le souhait d’Anne Hidalgo de bannir la voiture est louable sur plan de l'environnement, mais il pêche d’un manque de concertation avec la métropole.