Combien de Français renconcent à se soigner pour des raisons financières ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Adrien Quattenens affirme qu'un Français sur deux renonce à se soigner pour des raisons financières.

Vrai-Faux : combien de Français renoncent à des soins pour raisons financières ?

La France Insoumise dresse un sombre bilan des premiers mois d’exercice du gouvernement Macron. Un indicateur inquiète  particulièrement le député du Nord Adrien Quattenens : celui du renoncement aux soins.

"Près d’un Français sur deux (on était à un Français sur trois, on va vers un sur deux) renonce aux soins pour des raisons monétaires"

Un Français sur deux renonce à des soins pour raison financières. Vrai ou Faux ?

C’est faux. Même si certains sondages l'affirment : en avril, le cabinet Deloitte soutenait que 48% des Français avaient dû renoncer à des soins à cause de leur coût. D’autres instituts évoquent un Français sur trois… en fait, cela ne veut rien dire. Car c'est un sentiment qui est sondé, et aucune question précise n’est posée : on ne sait pas si les gens ont dû faire une croix sur une nouvelle paire de lunettes, une couronne dentaire, un massage…  Le service statistique du ministère de la Santé prévient d'ailleurs : on ne PEUT PAS considérer cet indicateur comme quelque chose de fiable.

Même quand il est issu d'enquêtes officielles. Deux sources mesurent régulièrement le renoncement au soin: l'enquête sur les conditions de vie de l'Insee, et l’enquête de santé et de protection sociale, très complète, conduite tous les deux ans auprès de 8000 ménages. Un Francais sur quatre, selon ces enquêtes, dit avoir renoncé à un soin dans l’année pour raison financière. Mais attention : dans la moitié des cas, il s’agit de soins dentaires dont la nature n’est pas précisée, 27% des renoncements concernent des lunettes, des soins d’optique. Et 5% seulement des Français disent avoir repoussé une consultation, chez un spécialiste ou autre, parce qu'il ne pouvaient pas la payer… On ne sait pas s’il s’agissait de soins essentiels. Et la formulation de la question est aussi très sensible, comme l’a montré la Drees en 2015 : selon la manière dont elle est formulée, le résultat peut varier de 15 points.

En réalité, on ne sait pas vraiment combien de Français renoncent à des soins.

Non. La notion est trop subjective, elle dépend des attentes et des conceptions du confort de chacun. L’OCDE, qui compile les données de différents pays, donne un taux de renoncement aux soins pour raisons financières de 8,5% pour la France. C’est en-dessous de la moyenne européenne (le taux est de 21% en Suisse par exemple). Mais là encore, ce chiffre ne dit pas tout… Et c’est pour cette raison qu'on conserve nos enquêtes, même bourrées de biais : car elles mettent au jour des problèmes récurrents. On voit que certains publics renoncent davantage aux soins que d'autres : les femmes, les ouvriers, les personnes sans couverture complémentaire. Les 20% de Français les plus modestes, par exemple, déclarent trois fois plus souvent renoncer à un soin dentaire que les 20% les plus aisés. Ces soins dentaires restent le réel point noir : l’assurance-maladie s’en est désengagée progressivement (elle ne rembourse qu’un tiers de l’ensemble des dépenses), et l’état de santé dentaire de la population se dégrade. Les soins d’optiques sont aussi problématiques. D’où cette volonté du gouvernement d'améliorer la prise en charge des prothèses dentaires, auditives, des secteurs de l'optique. Tout en gardant cette donnée à l'esprit : si le reste à charge payé par les Français est élevé pour certains types de soins, il reste globalement l’un des plus faibles d’Europe, et notre médecine l'une des plus accessibles.