Combien de chômeurs contrôlés n’avaient pas de difficultés à retrouver un emploi ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Muriel Pénicaud affirme que 14% des chômeurs contrôlés n’avaient pas de difficultés à retrouver un emploi.

Polémique autour du contrôle renforcé des chômeurs.

C’était une promesse de campagne du président Macron : en contrepartie de l’ouverture de l’assurance chômage aux démissionnaires, aux indépendants, les contrôles seraient renforcés afin de lutter contre la fraude. Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, est chargée de ce dossier, et c’est peu dire qu’elle rame, tant le sujet est sensible.

"Les fraudeurs, ce sont des gens qui n’ont pas de difficulté pour trouver un emploi, qui n’ont pas de sujet de compétence, qui ne sont pas découragés, qui n’ont pas de problèmes sociaux, qui n’ont pas de problème personnel. Tout simplement qui profitent d’un système d’assurance chômage, sans faire d’efforts. Dans le contrôle qui a été fait, il y en avait 14%".

14% des chômeurs contrôlés n’avaient pas de difficultés à retrouver un emploi. Vrai ou faux ?

C’est plus complexe que cela. Et la ministre le sait : sur près de 270.000 chômeurs contrôlés depuis fin 2015 par pôle emploi,14% ont été radiés c'est vrai, parce qu’ils ne remplissaient pas leurs obligations. Mais deux sur trois se sont aussitôt réinscrits, dans un délai très court. Cela montre qu’ils n'avaient aucune facilité, au contraire : ce sont des gens dont le profil correspond souvent à une grande lassitude. Près d’un quart avaient épuisé leurs droits et ne touchaient plus que l’ASS, l’allocation de solidarité spécifique (donc 490 euros par mois…). 40% de ces radiés, touchaient effectivement le chômage, et les autres, 36%, rien du tout, ils étaient en formation ou au travail. Donc parler de 14% de fraudeurs, ça n’a pas de sens, d’autant moins que les contrôles opérés par l’assurance chômage étaient ciblés, dans les deux tiers des cas. Impossible donc de généraliser aux 3,185 millions de chômeurs qui touchent une indemnisation aujourd’hui.

Peut-on quand même évaluer ce que pèse la fraude ?

On peut l'estimer grâce au dernier rapport de la délégation nationale de lutte contre les fraudes : à Pôle Emploi, elles ont représenté, en 2016, 178 millions d’euros. Un chiffre en hausse constante, à mesure que les contrôles se renforcent. Mais pour garder l’ordre de grandeur à l'esprit, ces 178 millions représentent 0,5% des 33,9 milliards de prestations chômage qui ont été versées.
Donc même si tout n'est pas détecté, on reste dans l’épiphénomène.
La majorité (58%) de ces fraudes concernent des reprises d'emploi non déclarées. Ce ne sont pas des gens qui ne font rien, mais qui, avec l'explosion des contrats courts, soit se trompent, soit tentent d’améliorer un peu l’ordinaire. Seuls 712 demandeurs d’emplois ont été retrouvés à l’étranger, touchant indûment le chômage. En réalité très peu se complaisent dans l’inactivité.
Le renforcement des contrôles promis est surtout symbolique, il aidera ceux qui sont loin de l'emploi à se remotiver… Sans qu’il soit certains que cela fasse bouger les lignes. Sur l'ensemble des offres déposées à pôle emploi en 2017, l’immense majorité ont été pourvues. Seules 53.000 étaient toujours en cours en décembre, et celles qui n’ont pas trouvé preneurs (150.000) n'ont pourtant pas manqué de postulants. Des chômeurs se sont bien présentés, mais leur profil ne correspondait pas. Un problème de formation, plus que de volonté.