Cannabis : a-t-on l’arsenal répressif le plus dur et la consommation la plus élevée ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Bruno Le Maire affirme qu'on a l’arsenal répressif le plus dur contre le cannabis et que la consommation est la plus élevée.

Les fumeurs de cannabis bientôt à l’amende.

Un rapport parlementaire sera remis demain au gouvernement, il plaide pour une amende systématique pour les usagers de drogue. Le ministre Bruno Le Maire soutient l’idée, au nom du pragmatisme.

"Nous sommes le pays en Europe qui consomme le plus de cannabis. Il faut prendre la mesure de la gravité du problème. On a l'arsenal répressif le plus dur, et la consommation la plus élevée !"

On a l’arsenal répressif le plus dur, et la consommation la plus élevée de cannabis. Vrai ou Faux ?

Un peu les deux. Vrai : les Français sont champions d'Europe toute catégorie pour la consommation de cannabis. Les chiffres sont même affolants, selon l’observatoire européen des drogues et toxicomanies : plus de 40% des français, ont expérimenté le cannabis (c'est 15 points de plus que la moyenne européenne), et 22% des jeunes et 31% des lycéens (15-16 ans) en avaient fumé dans les 12 mois précédent l'enquête. On compte, au minimum, 700.000 consommateurs quotidiens. C’est considérable, et le signe que notre politique ne marche pas… Bien qu'elle ne soit pas la plus répressive. Nos lois prévoient, pour la simple possession de cannabis, jusqu’à un an de prison et 3750 euros d’amende, mais 13 autres pays, comme nous, pénalisent la consommation (certains avec des peines plus lourdes, comme Chypre), et si l’usage est dépénalisé dans 12 autres pays, des limites sont tout de même fixées : on va tolérer moins de 6 grammes, par exemple, mais pas au-delà, punir l'usage en présence de mineurs... Des amendes sont infligées, des obligations de soins. En 2015, dans toute l'Europe, 609.000 infractions pour usage seul de cannabis ont été rapportées (c’est l’estimation basse). Parmi elles, 70.000 en France.

Mais cette répression ne fonctionne pas.

Car elle est de pure forme. Sur 100.000 personnes interpellées, en 2015, pour usage simple de cannabis, plus des deux tiers ont échappé au poursuites, avec des mesures alternatives ou un simple rappel à la loi. Et pour les 30 000 autres, ça s’est soldé, quatre fois sur cinq, par une ordonnance pénale. C’est la procédure la plus simple, il n’y a pas de procès : on vous inflige une amende, en général, de 320 euros en moyenne que 60% des gens ne paient pas (selon la Chancellerie). Et si  1500 peines de prison fermes ont été prononcées, elles sont de 2 mois en moyenne, donc elles aussi aménagées. Les consommateurs ont donc le sentiment d’une grande tolérance de fait, tandis que la police s'épuise : elle perd plus d’1 million d'heures chaque année dans des procédures qui ne servent à rien, et consacre moins de temps à la lutte contre les trafics. D’où l’idée d’une amende qui remplacerait les poursuites. Délictuelle, ou contraventionnelle, il faudra trancher. Si l’usage de cannabis n'est plus un délit, la police ne pourra plus interroger les gens au commissariat, et remonter des filières pour mettre au jour d’éventuels trafics. Au-delà, c'est aussi toute la prévention qui devra être repensée.