Benjamin Griveaux : "Moins de 14 heures avant l'impact, évacuer 80.000 personnes, qui pense sérieusement que c'était même envisageable ?"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

La polémique enfle après le passage de l'ouragan Irma. Fallait-il évacuer Saint-Martin ?

C’est ce qu’affirment plusieurs élus de l'opposition, qui dénoncent l’impréparation du gouvernement. Il aurait dû anticiper le chaos qui a suivi le passage d’Irma, selon eux. Une commission d’enquête pourrait être créée mais le gouvernement, lui, assume tout.

Il était impossible d’évacuer Saint-Martin. C’est vrai ou c’est faux ?

La partie française de l'île ne compte que 36.000 habitants. Mais ceux qui font ce procès ont un exemple en tête : les Etats-Unis ont ordonné l’évacuation de plus de 6 millions de personnes, avant l’arrivée d’Irma. Mais il faut comparer ce qui est comparable. Ce n'est pas une île, la Floride, et le premier ordre y est lancé le 5 septembre, au moment où les îles antillaises sont balayées. Et les populations ont eu cinq jours pour s’y conformer. Toutes d’ailleurs sont loin de l’avoir fait. A Saint-martin, l’affrètement d’avions, de bateaux, aurait demandé, des moyens exceptionnels (un avion militaire ne transporte que 91 personnes à la fois) et une prise de conscience beaucoup plus précoce. Or on peut retracer le film des événements : le 1er septembre, donc le vendredi, Irma est encore décrit comme ouragan de force 2, pouvant occasionner des conditions sévères. Mais on  ne parle que de surveillance. La rentrée scolaire est reportée et quand la trajectoire et la violence de l'ouragan se précisent, qu’une alerte jaune est lancée dimanche soir, la sous-préfète demande immédiatement des renforts, presse la population de se mettre à l’abri. 57 militaires de la sécurité civile sont sur l’île dès lundi, avant le passage de l’ouragan. Il y a aussi des pompiers. Au même moment, 100 soldats ont rejoint la partie néerlandaise. De l’eau, des vivres arrivent, dont une partie seront détruits par l’ouragan.

Mais au-delà, il y a eu ces pillages, l’impression qu’aucun ordre n’était assuré sur l’île…

C'est vrai, les premiers gendarmes ne sont arrivés que dans la nuit de jeudi à vendredi, 24 heures après l'ouragan. Mais des pillages, il y en a eu aussi dans la partie néerlandaise de l'île, et même en Floride, ce week-end. Les renforts ont été longs à arriver, mais ça tient à l’organisation de nos troupes qui sont engagées sur d’autres terrains. C’est un choix qui a été fait, il y a plus de 10 ans, celui de recentrer nos forces. Celles prépositionnées aux Antilles ont été réduites de plus de 20%. Les déploiements, logiquement, prennent plus de temps.

Est-ce qu’il faut repenser ce modèle, peut-être ? Peut-être. Les experts auxquels j’ai parlé pointent d’autres facteurs qui tiennent à la nature de l’île. Saint-martin est binationale : c’est pas simple de faire des plans communs de prévention. La population est pauvre, très vulnérable, avec 30% de chômage, un PIB très faible, beaucoup d'immigrés. L’éduquer au risque est aussi un défi. En 95 et 99, deux ouragans ont détruit plus de la moitié de l’île mais on a reconstruit des habitats sauvages, à flanc de littoral. 7000 personnes mardi, avaient refusé d’évacuer. Cela veut dire qu’elles n’avaient pas conscience du risque. Enfin il y a ce problème de sous-administration de Saint-Martin qui rend très aléatoire l’application concrète de la loi sur le terrain, et notamment sur le bâtiment. Du coup, quand on défiscalise les investissements outre-mer, on encourage les constructions imprudentes. Ces problèmes ne se régleront pas en trois jours, ni même en une visite.