Opération séduction pour Edouard Philippe

  • A
  • A
Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
Partagez sur :

Catherine Nay décrypte le passage du Premier ministre dans l' "Emission politique" sur France 2. 

Cinq mois après sa prise de fonction, plus d'un français sur trois (38 %) sondage Odoxa de jeudi matin n'est pas capable de donner le nom du premier ministre. Ce qui est fâcheux, c'est dire l'importance qu'avait pour lui l'"Emission politique" sur France 2 le soir même. A-t-il réussi, selon vous ?

D'abord, il a suscité la curiosité de 3.2 millions de téléspectateurs, ce qui est un score impressionnant dans une période non électorale. Par comparaison, Emmanuel Macron en avait attiré 3.6 millions de téléspectateurs pendant la campagne présidentielle. A la fin de l'émission, on demande toujours aux téléspectateurs de juger la performance: 52 % l'ont trouvé convainquant. Ce qui ne signifie pas que tous étaient convaincus que la politique qu'il mène soit adaptée pour le pays, car là il n'était plus que 44 %. Ce qui veut dire que c'est d'abord l'homme qui a plu. Et il est apprécié par une majorité à droite mais aussi par les sympathisants du PS, plus de 40 %. Des scores enviables, "tout le monde était un peu inquiet. On a été rassuré", reconnait un député macroniste. C'est vrai, il ne fallait pas rater l'épreuve. Vous connaissez l'adage : "Vous n'aurez jamais une seconde chance de faire une bonne première impression." Edouard Philippe n'a pas laissé passer cette chance. Il s'est imposé.

Au fait, pourquoi plaît-il ? 

C'est tout ce qui émane de sa personne, avec 1m94 il a de l'allure et il s'est montré tel qu'il est. Sobre, calme, hyper à l'aise, pédagogue, avec une façon bien à lui de conjuguer autorité, bonhommie et humour. D'emblée, il a recadré Léa Salamé qui le pressait de questions et l'empêchait de répondre. Elle voulait absolument lui faire dire que le président le tenait pour juste pour un collaborateur, la preuve, il n'était pas sur la photo à l'Elysée à côté de lui, lors de la signature des ordonnances. Lui a rétorqué que c'est à Matignon que c'était fait le travail sur les ordonnances et que son objectif n'était pas d'être sur la photo. D'ailleurs, en privé, il moque le soit disant enfer de Matignon. Je ne connais personne qui a refusé le poste dit-il. Et lui est heureux là où il est ! Il applique la politique du président de la République qui est l'architecte du programme. Lui, il est le mécano et tous deux n'ont qu'un but : l'efficacité, réparer la France, avoir des résultats. C'est leur pari qui n'est pas gagné.

Défendre la politique du président, on a vu que ce n'était pas toujours facile. Par exemple, avec la suppression de l'ISF sur les valeurs mobilières. Une mesure pour les riches, alors que l'on ponctionne les pauvres.

Pour Edouard Philippe, l'ISF est un très mauvais impôt. La France est le seul à l'avoir avec, pour conséquence, d'avoir fait partir 10.000 Français. Ce qui représente un manque à gagner de 35 milliards d'euros pour le pays. Un manque pour l'économie et la perte, dit-il, affecte tous les Français. Et là il a raison. Il espère qu'avec cette mesure les riches vont investir dans l'économie marchande et même qu'avec cette mesure que certains riches reviendront, ça c'est une autre paire de manche.

Là où je l'ai trouvé moins convainquant, car moins convaincu, avec ses explications sur la PMA pour les femmes célibataires et les couples de lesbiennes. On sent bien que dans son for intérieur il est contre, d'ailleurs il refuse de dire qu'il y a un droit à l'enfant. Il m'arrive d'évoluer sur la question, plaide-t-il. Mais c'est la promesse du président et l'on perçoit bien aussi que du côté de l'Elysée, la ligne est de gagner du temps sur un sujet qui n'est pas jugé prioritaire. Du coup, les pros et les antis PMA, tout le monde est mécontent.

Le clou de l'émission, en tout cas annoncé comme tel, devait être le face à face avec Jean Luc Mélenchon, l'opposant en chef numéro un 

Le spectacle n'a pas eu lieu, faute de combattants. On attendait du grand théâtre, un numéro de tribun en colère, de redresseur de torts. Ce qui est la marque du chef des Insoumis. Jeudi soir, il n'avait pas son ton accusatoire habituel. On le sentait encore inhibé par ses dérapages du weekend dernier "qui ont choqué tant de gens. La foule qui a fait partir les nazis". Donc, on a perçu qu'il n'allait pas risquer de recevoir un uppercut d'un adversaire, adepte de la boxe. D'où une curieuse scène de complicité. "Je vous déçois Monsieur Mélenchon, mais je dois dire que vous décevez aussi" a rétorqué le Premier ministre, qui a tout de même monté le ton car il n'accepte pas d'être accusé de faire un coup d'état social." Je n'accepte pas ce mot"  a-t-il dit, mais il veut bien reconnaître que Monsieur Mélenchon est un républicain. Un peu de pommade donc. Et Jean Luc Mélenchon faisait son gracieux, tout sourire. Mais dans ce registre, qui est pour lui un rôle de composition, ça ne sonne pas juste et il n'était pas bon.