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SAISON 2017 - 2018, modifié à

Ce samedi, Catherine Nay décrypte le passage de Nicolas Sarkozy dans le 20 heures de TF1, jeudi soir. 

Bonjour Catherine,

Bonjour Wendy, bonjour à tous.

L'évènement politique de la semaine est bien sûr la mise en examen de Nicolas Sarkozy pour trois délits présumés, sa mise sous contrôle judiciaire et sa contre attaque jeudi soir sur TF1

Oui, un grand moment de télévision. TF1 enregistrait un record d'audience : 7,3 millions de téléspectateurs. Qu'a-t-on vu ? Un Nicolas Sarkozy combatif, très maître de son discours, cohérent dans son argumentation et d'une colère totale, car blessé au plus profond. Il s'est adressé au pays pour le prendre en témoin et faire triompher son honneur, comme il dit. Evidemment, il nie tout ce qui lui est reproché. Il n'a pas reçu d'argent libyen pour sa campagne de 2007. Il dénonce la monstruosité des accusations de la bande à Kadhafi, des gens qui sont des assassins, des criminels, qui ne produisent aucune preuve. Que valent les témoignages de gens qui ont perdu leur pouvoir, leur train de vie, leur puissance ? Ils ont envie de se venger. Que vaut la parole du mythomane Takkiédine ? L'intermédiaire franco-libanais est un escroc, il ne l'a jamais reçu. Et il s'en prend aussi à Mediapart car tout est partie de la publication entre les deux tours de la présidentielle d'un document accréditant un financement d'environ de 50 millions d'euros. Un faux. Un comble de la manipulation, dit Sarkozy. Mediapart assure du contraire. L'affaire n'est pas tranchée.

Ses ennemis, ils les désignent : c'est Takkiédine, les Libyens, Mediapart, Nicolas Sarkozy ménage les juges.

Seulement ceux que Nicolas Sarkozy accuse ont aidé les juges à se forger une conviction. Façon de leur dire : vous donnez crédit à des gens qui mentent. L'épreuve de force avec les juges viendra plus tard, avec le juge Tournaire. Ceux qui ont eu affaire à lui en gardent un très mauvais souvenir. Et puis la garde à vue était-elle vraiment utile, si ce n'est pour l'humilier ? A l'issue de ces 48 heures, il a demandé aux juges de ne retenir que des indices et non pas des indices graves ou concordants, pour avoir le statut de témoin assisté. Refus du juge, qui assortit ce refus d'un contrôle judiciaire, avec interdiction de rencontrer neuf personnes, dont Ziad Takkiédine, que Nicolas Sarkozy n'a aucune envie de voir, Brice Hortefeux et Claude Guéant. Mais s'ils avaient des choses à se dire, ils l'ont fait depuis longtemps. Précaution vexatoire. Interdiction de se rendre en Libye, en Tunisie, en Egypte, en Afrique du sud, des pays où Nicolas Sarkozy n'a aucune envie d'aller.

Cela fait cinq ans que le Juge Tournaire enquête sur cette affaire.

Et il y a mis tous les moyens : des écoutes téléphoniques prolongées de Nicolas Sarkozy et de son avocat, Maître Herzog. Il était persuadé que les 50 millions de Kadhafi étaient cachés chez des proches. D'où les perquisitions chez Maître Herzog, à Paris et à Nice, chez Véronique Waché, son attachée de presse et son directeur de Cabinet, Michel Gaudin. Les policiers n'ont pas trouvé une enveloppe de liquide. S'il y a eu 50 millions, où sont-ils passés ? "Cinq ans d'enquête pour du vent", disait Maître Herzog vendredi matin.

Mais c'est une affaire où Nicolas Sarkozy joue gros.

Rappelons que l'on n'est pas coupable quand on est mis en examen. L'ancien président va avoir accès au dossier établi par les juges. Va-t-il y trouver des éléments compromettants ? Une addition de mise en cause fait-elle une vérité judiciaire ? Si des faits étaient avérés, ce serait évidemment un grand scandale. Mais les avocats le disent : face à des caractères comme Tournaire, convaincu par avance d'avoir raison, le risque est qu'il surinterprète des faits pour conforter son intime conviction.

Mediapart, aussi, joue sa crédibilité.

Oui, Edwy Plenel et Fabrice Arfi sont des procureurs, des justiciers, des porte-paroles du Parquet financier. A peine Nicolas Sarkozy avait-il fini de parler qu'ils se répandaient sur les ondes pour dire qu'il mentait. Mais les accusations qu'ils portent ne sont pas à la hauteur des preuves qu'ils apportent. Parfois, on devient borgne à force de voir clair !