Laurent Wauquiez, ce "bad boy" qui n'est pas là pour plaire

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Catherine Nay brosse ce samedi le portrait de Laurent Wauquiez, le nouveau président des Républicains.

Bonjour Catherine,

Bonjour Wendy, bonjour à tous.

Les militants des Républicains ont offert à Laurent Wauquiez une victoire incontestable en l'élisant à la tête du parti dès le 1er tour avec plus de 74% des voix. A 42 ans, le président de la région Auvergne / Rhône Alpes a près de 5 ans devant lui pour s'ériger en candidat indiscutable à l'Elysée. Il n'y a plus qu'à.

Oui. Laurent Wauquiez rêve de l'Elysée. Une obsession depuis qu'il est entré en politique. Mais celui qui aspire à défier Emmanuel Macron en 2022 a devant lui moultes défis. Le premier est de provoquer une adhésion à sa personne. Car c'est un cas unique. Vous interrogez dans son camp, à peine son nom prononcé, beaucoup tordent le nez. On ne l'aime pas. Il n'inspire pas confiance. Un bad boy. Mais à la fois, il impressionne. Ca n'est pas n'importe qui. Question études, il coche toutes les cases : agrégé d'histoire, major à l'ENA, à Normale Sup (un concours que n'a pas réussi Emmanuel Macron). Il est l'émanation de l'excellence républicaine. Sauf qu'il n'a pas le discours à la hauteur de ses études. Il s'exprime par slogans. Curieux pour quelqu'un qui a beaucoup lu, fréquenté les grands auteurs. Ses propos sont tranchants, l'élocution légèrement zézéyante. Il ne captive pas son auditoire. Il ne charme pas nos oreilles.

Il y a la forme du discours, et le fond.

Oui, Laurent Wauquiez appartient à cette droite dite décomplexée, quitte à heurter, à blesser, à désigner des catégories de la population : chômeurs, musulmans, militants LGBT. Il a parlé de l'assistanat comme un cancer de la société française. Il voulait instaurer le travail obligatoire pour les bénéficiaires du RSA. Il a défilé avec sa sempiternelle parka rouge contre le mariage homo. Lui qui avait été intronisé en politique par l'Européen Jacques Barrault se classe dans le rang des eurosceptiques. D'ailleurs, lundi soir, il était l'invité du journal de 20h de TF1.

Au même moment, Xavier Bertrand, que l'on n'entendait plus depuis quelque temps, annonçait sur France 2 qu'il quittait les Républicains. Un acte de défiance. Jean-Pierre Raffarin déclarait mettre le vainqueur, Wauquiez, en observation. Car avec tous ses propos, demeure sa supposée volonté d'alliance avec le Front National. Un véritable procès de Moscou parce que si l'on se fie à ses déclarations, le patron des Républicains l'a dit et redit : il n'engagera aucun dialogue avec le parti de Marine Le Pen.

Laurent Wauquiez veut rassembler. Il a institué une équipe renouvelée où toutes les tendances de la famille Les Républicains sont représentées.

Oui, sa numéro 2, Virginie Calmels est une juppéiste. Toute son équipe est rajeunie. Valérie Pécresse a refusé de prendre le poste de présidente du Conseil National qu'il lui proposait. Même elle ne quittera pas les Républicains. Elle va y faire vivre sa propre boutique, libre. "Nous allons tout reconstruire, tout renouveler", promet-il. Car c'est un bosseur. Pour l'emporter, il a fait plus de 80 réunions. Et pas du genre à arriver et repartir aussitôt. Il prend son temps avec les militants. Ses amis disent qu'à la région, il gouverne avec toutes les tendances : UDI, Modem, Républicains. Dans sa ville, le Puy-en-Velais, il est réélu au premier tour, avec 75% des voix.

Oui, rassembler la famille, si les défections s'arrêtent. Mais comment devenir le premier opposant ?

En attaquant, en accusant Emmanuel Macron d'être passif sur la délinquance, complaisant sur le communautarisme, manquant de fermeté face à l'intégrisme islamiste. Parce que Laurent Wauquiez constate que le terrain régalien est le seul qui lui reste s'il veut installer le match avec le Chef de l'Etat. Car comment devenir le premier opposant quand les députés et sénateurs Républicains votent massivement pour la réforme du Code du travail, et s'apprêtent à faire de même sur la réforme de l'assurance chômage ? Les Républicains ont été dépouillés d'une grande part de leur programme économique ? Mais enfin, il vient d'arriver. Il a du temps pour lui.