La sélection à l'université: de De Gaulle à Macron

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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Ce samedi, Catherine Nay retrace l'histoire de l'idée de la sélection à l'université.

Bonjour Catherine,

Bonjour Wendy, bonjour à tous.

Fin août, dans Le Point, Emmanuel Macron lançait, sans prononcer le mot, l'idée de sélection à l'entrée de l'université : "Il faut arrêter de faire croire à tout le monde que l'université est la solution pour tout le monde", disait-il. Il y a longtemps qu'on n'avait pas entendu cela dans la bouche d'un Président.

En effet. La sélection à l'entrée de l'université était une obsession chez le Général de Gaulle. Dès 1963 -Emmanuel Macron n'était pas né- époque où il y avait 250.000 étudiants, soit dix fois moins qu'aujourd'hui. Et 200.000 chômeurs, 30 fois moins qu'aujourd'hui. Il voulait que dès le lycée, on puisse orienter les élèves vers l'enseignement professionnel. tandis qu'à l'université, les étudiants seraient guidés vers des filières qui leur assurent un emploi.

"A quoi bon envoyer des jeunes à l'université s'ils ne peuvent pas suivre et s'ils se retrouvent chômeurs", tonnait-il lors des conseils des ministres, comme le relate Alain Peyrefitte. Il en allait de l'intérêt national, 70% des étudiants ne terminaient pas leur licence. 54 ans plus tard, le problème est toujours là : 60% des inscrits en 1ère année d'université ne terminent pas leur licence et fournissent des gros bataillons de chômeurs.

Mais le Général, visionnaire, n'a jamais réussi à mettre ce projet à exécution. 

Ses ministres, à commencer par le premier, Georges Pompidou, s'y opposaient. "Je ne serai pas celui qui encasernera la jeunesse", disait-il, car à ses yeux, la sélection mettait fin à la liberté d'accès à la culture. Et puis surtout, il pensait qu'avec une croissance autour de 6%, chacun pouvait se faire se place au soleil. Alain Peyrefitte, ministre de l'éducation, prévenait : "Attention danger. Si nous mettons un barrage à l'entrée en faculté, nous allons déclencher la panique des lycéens, des étudiants, des parents, des universitaires." Mais le Général a toujours cru que mai 68 était l'une des conséquences de ce non-choix de la sélection. D'où sa hâte à se débarrasser de Pompidou après les élections triomphales de juin 68.

Et l'on n'a plus jamais entendu parler de sélection ?

L'orientation des lycéens, la sélection, figuraient au programme de Nicolas Sarkozy et de François Fillon pour les primaires de la droite. Mais il y a eu des manifestations monstres. En 1986, François Mitterrand était à l'Elysée et Jacques Chirac à Matignon. Des centaines de milliers de jeunes étaient descendus dans la rue, à l'initiative de l'Elysée et de Julien Dray, pour manifester contre la loi Devaquet. Des tracts de l'UNEF mais aussi des jeunesses communistes évoquaient des droits d'entrée à l'université qui allaient de 3.000 à 15.000 francs. Les droits d'entrée étaient alors de 450 francs. Ce serait la sélection par l'argent, une contre-vérité. La loi ne contenait aucune disposition nouvelle. Une belle histoire de manipulation politique. Résultat : aujourd'hui, les droits d'entrée à l'université en France demeurent les plus bas de toute l'Europe. D'où un manque de moyens que l'Etat ne peut pas combler.

Emmanuel Macron va-t-il réussir son pari ?

La réforme annoncée par Edouard Philippe suscite des interprétations antagonistes. Benoit Hamon estime que le gouvernement généralise la sélection. La France Insoumise parle de tri sélectif et appelle la jeunesse à se mobiliser. Mélenchon rêve de 86. Tandis que chez les Républicains, on déplore des demi-mesures, puisque le libre choix, dit-on, reste la règle.

Et en réalité ?

Mais d'abord, il y a la fin du tirage au sort lors de l'admission post-bac. Et ça, c'est une bonne chose. La nouveauté, c'est que les élèves de terminale formuleront en janvier 10 vœux qui seront examinés par un conseil de classe, avant d'être envoyés à l'université, où des professeurs traiteront les dossiers en ayant accès aux notes de l'élève donc à ses aptitudes. Soit, il a le niveau requis et il y a de la place dans la filière : l'université dira oui. Soit l'élève n'a pas le niveau et il y a de la place : on lui dit oui, à condition de se remettre à niveau. Il fera sa licence en trois ou quatre ans. Mais aucun élève ne sera rejeté là où il y a de la place. Et s'il n'y a pas de place, l'élève pourra s'inscrire dans une autre filière. En clair, le droit d'accès à l'université demeure, mais pas celui d'accéder à la formation de son choix. Comme le dit Edouard Philippe : "ça n'est pas la formation sèche, et on s'occupera mieux des élèves". Mais déjà des professeurs s'élèvent contre ce pouvoir qui leur est conféré d'accorder ou non aux élèves un droit à poursuivre les études.