Les Rohingyas, le CETA, “Il s’appelait Mandela” : le kiosque d'Europe 1

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Le kiosque d'Europe 1 est une chronique de l'émission Europe matin
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International, économie, télévision... François Clémenceau, Emmanuel Duteil et Eva Roque livrent leur point de vue du jour.

François Clémenceau, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunit aujourd’hui en urgence pour se pencher sur la situation tragique des Rohingyas en Birmanie. Faut-il condamner la Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi qui dirige aujourd’hui le gouvernement ? Ce n’est pas si simple

C’est incroyable de voir comment en quelques jours, cette femme qui a lutté toute sa vie en faveur de la démocratie et des droits de l’homme a été mise en cause, critique ou même condamnée comme complice des crimes dont sont victimes les Rohingyas, cette minorité musulmane de Birmanie dont plus de 300.000 membres ont été obligés de fuir le pays victimes de la répression de l’armée. Mais personne ne s’est posé la question de savoir qui sont vraiment les Rohingyas et quels sont les vrais pouvoirs d’Aung San Suu Kyi.

Expliquez-nous

Les Rohingyas n’ont jamais été considérés comme des citoyens de plein droit en Birmanie. C’est évidemment une honte, mais cet ostracisme ethnique et religieux date du 19ème siècle lorsque cette minorité provenant majoritairement du Bengale a servi le colon britannique. Ils sont 800.000 mais presque autant en dehors des frontières. Et comment sont-ils traités aujourd’hui au Bangladesh musulman où ils sont plus de 300.000 ? Là aussi comme des citoyens de seconde zone sans même avoir le statut de réfugiés. Quant à Aung San Suu Kyi, oui, elle est parvenue au pouvoir par les urnes mais au terme d’un accord qui continue de donner à la junte militaire le contrôle de l’armée, de la police et des garde-frontières, ceux-là mêmes qui sont au premier rang de la répression. Les discriminations oppriment une dizaine d’autres minorités, dont les karens qui comptent 30% de chrétiens, sans que cela préoccupe grand monde en dehors de la Birmanie. 

Est-ce pour cela que les Etats concernés restent prudents ?

Bien sûr, car ce n’est pas en caricaturant les choses que l’on progressera. Le secrétaire général des Nations Unies que j’ai rencontré la semaine dernière à New York m’a dit ceci : "J'estime qu'il faut garantir avec Aung San Suu Kyi l'évolution démocratique de la Birmanie, mais que cette évolution démocratique doit passer par le respect des droits de tous". Une petite phrase qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’extrait du discours sur les droits de l’homme qu’a prononcé Aung San Suu Kyi il y a cinq ans lorsque elle a reçu son prix Nobel à Oslo. Autrement dit, ce n’est pas le moment de l’affaiblir, car les seuls gagnants de cette stratégie seraient les généraux birmans et leurs sympathisants dans l’extrême droite bouddhiste. 


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Et on passe à l'éco avec vous Emmanuel Duteil. Et ce matin vous vous intéressez au CETA.

Bon déjà je présente toutes mes excuses aux auditeurs et à vous tous autour de la table pour imposer un tel sujet à 6h45. Mais n'éteignez pas tout de suite votre poste je vous promets que je vais essayer d'être clair parce que c'est un sujet capital, on est tous concerné. En effet le CETA - c'est le nom de l'accord commercial que l'Europe a signé il y a quelques mois avec le Canada - et qui doit entrer en vigueur de façon provisoire jeudi prochain, c'est à dire le 21 septembre, très concrètement cet accord doit permettre de réduire les droits de douane entre l'Europe et le Canada pour doper le commerce, il doit permettre aux entreprises européennes d'avoir accès aux marchés publics canadiens et inversement et il doit harmoniser certaines normes entre nos deux zones. Ce qui inquiète fortement les détracteurs de cet accord. Une bonne partie de la gauche et de nombreuses associations estiment que ça va encore casser notre agriculture - on va en effet avoir par exemple beaucoup de bœuf canadien - et puis surtout y'aurait - selon eux - de gros risques en matière d'environnement et de santé. On n'aurait pas les mêmes exigences des deux côtés de l'Atlantique en la matière.

Mais est ce que le texte peut encore bouger ?

Eh bien déjà il faut voir qu'il a beaucoup bougé sous l'impulsion de la France lors du dernier quinquennat. Mais si je vous en parle ce matin c'est que le nouveau gouvernement doit dire aujourd'hui ce qu'il pourrait modifier dans le texte pour répondre aux inquiétudes des opposants. Face aux critiques Emmanuel Macron s'y était engagé durant la campagne. Un rapport a été commandé en juillet à des experts. Et clairement ce rapport prône plus de mesures contraignantes sur l'environnement, je vais vous donner un exemple ils demandent par exemple à ce que les subventions accordés par les canadiens au pétrole ou à la pèche excessive soient diminuées. Ils pensent aussi que l'agence chargée de rapprocher les normes entre les deux pays pourrait être plus transparente.

Et ça a une chance d'aboutir ?

Comme Emmanuel Macron s'y est engagé. Il ne peut pas s'asseoir sur ces recommandations. Le problème c'est que le compromis trouvé à l'arraché avec les canadiens est le résultat de milliers d'heures de discussions. Donc changer des dispositions c'est changer l'équilibre. Et ça sauf à annuler totalement cet accord ça parait impossible. Surtout qu'Emmanuel Macron se réveille tard. L'accord a déjà été ratifié par l'Europe. Selon un spécialiste on peut donc s'attendre à quelques évolutions cosmétiques, pas sur le contenus mais sur la manière dont ce sera appliqué. Des évolutions qui vont être loin de rassurer les agriculteurs et les opposants qui appellent à sa suppression pure et simple !  


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Eva Roque, direction l’Afrique du Sud ce matin pour une nouvelle série

Exactement Raphaëlle. Une mini-série en 6 épisodes pour raconter le parcours de celui qu’on appelait enfant, Rolihlahla, ce qui signifie Fauteur de trouble et qui le 9 mai 1994, accède au pouvoir en devenant président de l’Afrique du Sud. Le premier président noir. "Il s’appelait Mandela" a  les atouts et les défauts du biopic.

La réalisation est linéaire, un peu plate mais a la mérite de ne pas s’appesantir sur des détails de sa vie privée pour ne retenir que les grandes étapes de son engagement politique.

Dès ce soir avec ces trois premiers épisodes, vous découvrirez ses premiers pas comme avocat à Johannesburg, les premières manifestations et grèves dans les mines, les premiers heurts et la création de l’ANC qu’il présidera. C’est aussi les premières arrestations et cette violence qui rythmera la vie du pays notamment jusqu’en février 1990, date de la libération de Mandela après une condamnation à perpétuité. Une série qui permet d’appréhender l’histoire de l’Afrique du sud et de Mandela.