Le cadeau de François Hollande aux maires de France et le classement des dépenses publiques européennes : les experts d'Europe 1 vous informent

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Les experts d'Europe 1 est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Antonin André, Axel de Tarlé et Anne Le Gall font le point sur l'actualité du jour.

Antonin André, expert politique

À un peu plus d’un an de la présidentielle, en cette dernière année du quinquennat, François Hollande sort le chéquier. Après le point d’indice des fonctionnaires, ce sont les élus locaux qui vont toucher leur chèque.

Les maires, ces élus auxquels les Français sont si attachés, sont des relais d’opinion extrêmement influents jusque dans les petits recoins de France. C’est à ces 36.000 élus que le président de la République réserve un joli cadeau. Il en fera l’annonce en personne fin mai au Congrès des maires de France : le gouvernement renonce au troisième tiers de la baisse de la dotation aux collectivités locales. On parle de 3,7 milliards d'euros qui devaient être supprimés dans le budget 2017 et que toucheront finalement les collectivités locales. Cette somme représente un énorme ballon d’oxygène pour les territoires. En contrepartie, les collectivités devront s’engager à consacrer ces fonds à l’investissement et notamment dans les travaux publics, secteur clé pour l’emploi et qui tournait au ralenti depuis que l’État a serré la ceinture aux mairies et aux intercommunalités.

Les fonctionnaires, les maires... Le président est clairement en campagne mais est-ce qu’on en a les moyens ? Tout cela coûte beaucoup d’argent. Effectivement d’autant qu’il y a aussi le plan d’aide aux agriculteurs d'un milliard d’euro, le point d’indice des fonctionnaires de 2,4 milliards, vous ajoutez les 3,7 milliards aux collectivités et l’addition pour l’État se chiffre déjà à presque sept milliards d’euros. Une addition salée même si Bercy s’apprête à annoncer que le déficit sera moins élevé que prévu cette année. Les marges de manœuvres ne sont pas aussi confortables que l’on puisse régaler tout le monde. Mais on est en année préélectorale, et dans une élection présidentielle, les fonctionnaires, les agriculteurs et les maires ce sont des clientèles très influentes et tant pis si Bruxelles tousse un peu.

Est-ce que tous ces milliards d’euros se transformeront en millions de voix ? Pas sûr, la ficelle est grosse. Les fonctionnaires par exemple ont en travers de la gorge les six ans de gel du point d’indice, ce n’est pas la sucette de cette année qui fera passer la douleur. Mais il faut essayer d’apaiser, un peu, et dans cette stratégie, François Hollande qui a une solide expérience de la politique locale, sait que les maires sont des acteurs décisifs de la vie publique qu’il vaut mieux éviter de se mettre à dos.


Axel de Tarlé, expert économie

Quels sont les pays où la dépense publique est la plus élevée ?

Eurostat vient de publier le bilan annuel des États européens qui dépensent le plus. La France se situe assez haut dans le classement car elle est médaille d'argent. La médaille d'or étant attribuée à la Finlande avec 58% de son PIB. La France dépense, elle, 57,2%. Sur 100 euros dépensés en France, les dépenses privées minoritaires car l'État est à l'origine de 57 euros de ces dépenses pour payer les fonctionnaires, payer les retraites, la santé ou encore les allocations. C'est beaucoup et c'est même trop, d'autant qu'on n'arrive pas à financer toutes ces dépenses publiques, on se retrouve donc avec des déficits.

Il n'y a pas de fatalité car si vous regardez les autres pays européens : l'Allemagne compte 44% de dépense publique soit 13 points de moins qu'en France, l'Irlande est à 38% tandis que la Suisse, hors catégorie, est à 34%.

Pourquoi n'arrive-t-on pas à réduire cette dépense publique en France ?

C'est intéressant parce qu'Eurostat ventile ces dépenses publiques poste par poste. Sur la Santé et l'Enseignement, on est dans les clous. Le "gros" secteur où la France est en décalage c'est au niveau des retraites avec 13,7% du PIB là où la moyenne européenne est de 10%, voire 9% en Allemagne qui est un pays vieillissant. Le décalage est donc là, ce qui confirme que l'on ne pourra pas échapper à une nouvelle réforme des retraites qui sera forcément impopulaire. Même si toutes les études montrent qu'en France, il y a énormément de transferts vers les séniors au détriment des autres catégories. On sait que la pauvreté se situe, maintenant, chez les plus jeunes.