Le bilan de la finale France-Portugal

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Les experts d'Europe 1 est une chronique de l'émission Europe matin
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Revenons sur le match d'hier, la déception des supporters français, la joie des Portugais, mais aussi les retombées politiques et économiques de l'Euro 2016.

François Clauss, expert sportif

Perdre en finale, est-ce un échec ?

C'est évidemment dur de positiver ce matin alors qu'on est encore hanté par ce ballon de Gignac à la 89ème minute qui va mourir sur le poteau. Vous imaginez l'Histoire si jamais ce ballon était passé à quelques centimètres. Oui, le foot est cruel, il se joue sur ces quelques centimètres parfois. Il y a eu des ondes positives, il faut le reconnaître. 10 ans après l'Afrique du Sud, nous avons, à défaut de gagner l'Euro, regagné une équipe de France dans son esprit. Il y a une véritable progression : en quart de finale de la Coupe du monde il y a deux ans, aujourd'hui finaliste. Bien sûr, l'environnement médiatique et les supporters ont voulu y voir trop vite "la génération Griezmann", qui aurait été l'héritière des générations passées. Cette génération n'est pas encore tout à fait à maturité, mais il y a une base formidable pour rebâtir une Histoire autour de l'équipe de France.

Quelle belle histoire pour les Portugais tout de même !

Vous vous souvenez des Portugais battus injustement demi-finale de l'Euro 1984 par la France, battus injustement en demi-finale de l'Euro 2000 sur un pénalty à la 117ème minute, battus injustement par la France en demi-finale de la Coupe du monde 2006. En une soirée ils ont cicatrisé ces trois blessures.

Les Allemands ont eux terrassé leur "bête noire" (les Italiens) alors que la France a battu cette même équipe, mettant fin à une malédiction. Les Portugais ont donc fait de même, en nous battant, nous les ennemis de toujours. On retiendra de cet Euro ces matchs "revanche" mais quelle belle histoire pour le foot portugais qui a fourni quelques pépites, d'Eusébio à Ronaldo, mais qui n'avait jusqu'ici rien gagné sur la scène internationale. Le paradoxe qu'on oublie souvent, c'est que la génération dorée du foot portugais n'a jamais rien gagné, c'est une génération plus laborieuse qui l'a emporté. Cette longue histoire est traversée par Ronaldo, dont on se souvient des larmes de tristesse face à la Grèce et ses larmes de joie hier face à la France, devenant presque un entraîneur.

 

Antonin André, expert politique

Le beau parcours des Bleus a offert à leur premier supporter François Hollande un moment de répit après un début d’année chaotique entre déchéance de nationalité et loi travail. Même sa dégringolade dans les sondages a marqué une pause...
 
 +1 point de popularité dans le dernier baromètre du Point, +2 points dans celui de Paris Match. C’est un tout petit rebond, mais c’est inédit depuis un an, deux sondages de suite de non-baisse pour le président. Grâce à l’euro ? En partie. Pendant trois semaines les yeux bleus de Griezmann ont chassé le regard noir de Martinez, les fans zones ont relégué les défilés de la CGT. Même la menace terroriste pourtant présente n’a pas plombé l’ambiance de fête et de rassemblement. Rassemblement c’est le mot qui revient à l’esprit pour qualifier cet euro, le besoin de se retrouver tous ensemble, de vibrer ensemble. Et le président de la République qui a assisté à tous les matchs des Bleus, aussi impopulaire soit-il a bénéficié lui-aussi de ce moment de concorde, d’oubli le temps de la compétition de tous les griefs que les Français lui font. Moment qu’il va prolonger aujourd’hui en recevant les Bleus à l’Elysée pour déjeuner, le Président saluera leur esprit collectif et positif. Derniers instants d’une parenthèse enchantée qui va très vite se terminer.
 
 On a quand même le sentiment, comme le dit le Président, que "ça va un peu mieux" après cet euro, comme si les Français retrouvaient un peu d’optimisme, François Hollande peut espérer prolonger un peu ce moment de répit ?
 
 Oui dans le sens où le moral des Français éprouvé par les attentats, les mouvements sociaux est repeint en Bleu grâce à l’euro, et cette embellie, tout le monde a envie de la prolonger. Mais ce sentiment que ça va un peu mieux, les Français n’en créditent pas François Hollande.  Il y a d’ailleurs une part d’injustice : si l’euro avait été un fiasco, perturbé par des mouvements sociaux, par un grève des poubelles, voire par des violences, nul doute que l’exécutif en aurait été jugé responsable et coupable. Mais de ce formidable euro, porté par une séduisante équipe, François Hollande n’en tirera aucun bénéfice pérenne. Au contraire : Brexit, crise européenne, menace sur la croissance, impopularité record, primaire de la gauche à laquelle il va devoir se soumettre. La traditionnelle interview du 14 juillet va replonger le président dans une actualité sur laquelle les Français l’attendent et le juge sévèrement. Le répit est terminé, la parenthèse refermée.

Emmanuel Duteil, expert économique

Cet euro de football a été bon pour notre économie, n'est-ce pas ?
 
En effet, déjà parce que cet Euro est tombé pile au bon moment. Fin mai début juin, la France était bloquée par la mobilisation anti loi Travail. Pendant plusieurs jours il y a eu - on s'en souvient tous - une véritable pénurie d'essence, la fréquentation des magasins s'était effondrée et l'ambiance était à la sinistrose. Le moral notamment des chefs d'entreprise calculé chaque mois par Europe1 était par exemple au plus bas. Mais en partie à cause de l'Euro la mobilisation s'est arrêtée. Et puis le plus important : le formidable parcours des Bleus a fait de cet Euro une véritable fête. Vous l'avez surement tous vécu, les bars se sont remplis au fur et à mesure et les hôtels ont été pris d'assaut dans les villes qui ont accueilli l'Euro de foot. Il y avait énormément de touristes étrangers qui pour certains en ont profité pour visiter un peu la France. Donc ça clairement c'est de la consommation en plus ! Surtout si on y ajoute les livraisons de pizzas, les ventes de maillots de l'équipe de France, toutes les campagnes de pub faites pour l'Euro. On ne dépense jamais autant que quand on est heureux. Donc même si c'est encore difficilement quantifiable de façon précise cet Euro de foot a apporté dans un contexte bien tendu un peu d'air imprévu à notre économie.
 
Tout ça c'est conjoncturel comme on dit, donc temporaire. Est ce que cet effet peut continuer ?
 
C'est la grande question. Cet Euro de foot a apporté du baume au cœur et on le sait en économie avoir le moral c'est bon. Mais la défaite en finale a un peu cassé cette euphorie. Malgré tout au début de la saison touristique cet Euro a apporté une confirmation importante : la France sait organiser de grands évènements en toute sécurité. Ça devrait rassurer quelques touristes qui craignaient de venir chez nous. Malgré tout l'effet Euro devrait - selon la plupart des économistes - rester limité dans les semaines à venir. Mais qu'importe, ce qui est pris n'est plus à prendre...