La passe d'armes entre Bruno Le Maire et Manuel Valls et le casse-tête économique de Fessenheim : les experts d'Europe 1 vous informent

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Les experts d'Europe 1 est une chronique de l'émission Europe matin
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Antonin André et Axel de Tarlé font le point sur l'actualité du jour.

Axel de Tarlé, expert économie

La fermeture de la centrale nucléaire de Fesseinheim devient un casse-tête économique car il va désormais falloir indemniser financièrement EDF, ainsi que les partenaires d'EDF.
Le problème c'est que personne n'est d'accord sur le montant de cette indemnisation.

Fesseinheim, saison 2

Il y a d'abord eu la saison 1 avec la polémique politique et la question pourquoi fermer une centrale qui fonctionne ?
- Soit, on estime que le nucléaire est dangereux et dans ce cas, on les ferme toutes.
- Soit on estime que le sécurité est maitrisée alors à quoi bon fermer une centrale sur les 19 que compte le pays.

La décision politique a finalement été prise et Fesseinheim fermera.

Sauf que l'on ferme une centrale qui fonctionne parfaitement avec bien sur tous les travaux de remise aux normes. EDF est donc légitimement en droit d'exiger une indmnisation pour cette décision politique qui lui tombe dessus car, cette fermeture représente bien évidement une perte sèche pour l'entreprise, c'est de l'électricité en moins.
Plusieurs évaluations ont circulé et notamment un rapport parlementaire de 2014 qui avait évalué l'indemnisation à cinq milliards donc quatre pour EDF.

Combien propose donc le gouvernement ?

C'est la douche froide ! Ségolène Royal, la ministre de l’Énergie, vient de donner son chiffre. Il n'est pas question de payer cinq milliards, ce sera entre 80 et 100 millions d'euros soit 50 fois moins que ce qui était attendu.
Un chiffre qualifié de sidérants par les parties prenantes qui estiment que cela revient à dire que le parc nucléaire français ne vaut rien, qu'il n'a aucune valeur. "C'est une injure à l'entreprise et à ses personnels" lance l'administrateur salarié de la CGT.

Le problème, c'est qu'EDF n'est pas le seul propriétaire de cette centrale. Il y a également un groupe d'électricité Allemand et un groupe suisse qui sont actionnaires, ils n'entendent pas se faire spolier par le gouvernement français.
C'est dire, si on s'oriente vers un long combat d'expert.


Antonin André, expert politique

Le fait politique du jour c’est la polémique lancée hier sur Europe 1 par Bruno Le Maire sur l’absence du Premier ministre Manuel Valls. Il est en déplacement au Proche-Orient alors que le climat social est tendu autour de la loi travail. Sur quoi se fonde Bruno Le Maire?
 
L’expérience ! En novembre 2005, les émeutes éclatent en banlieue après la mort de deux jeunes dans une course poursuite avec des policiers, le Premier ministre Dominique de Villepin, annule un déplacement prévu de longue date au Canada. Une décision prise en concertation avec son conseiller politique de l’époque, un certain Bruno Le Maire. Voilà d’où vient l’attaque formulée par le candidat Lemaire aujourd’hui.
L'autre argument pour aller dans son sens, c'est le précédent d’un Premier ministre qui s’était absenté 10 jours de France en pleine chienlit : du 2 au 11 mai 1968. Georges Pompidou est en tournée en Iran et en Afghanistan, une absence coupable. Si l'on s’appuie sur ces deux exemples alors oui, Manuel Valls aurait pu annuler son voyage en Israël,aussi sensible soit ce genre de déplacement. Il l’a d’ailleurs déjà fait en novembre 2013, la Bretagne des bonnets rouge est en fusion, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls annule un déplacement en Israël.
Sauf que rien en réalité ne le justifie dans le cas présent. Il n’y a aucune raison pour que le Premier ministre annule ce voyage officiel. La critique de Bruno Lemaire est infondée.

Infondée ? Pourtant la question se pose de l’abandon du navire en pleine tempête par le chef du gouvernement, le capitaine.

Infondée oui voire démagogique.
D’abord, Manuel Valls ne s’est pas privé de le rappeler : les moyens de communication et de transmission permettent de gouverner à distance en temps réel. Le Premier ministre peut "cheffer" de Jérusalem ou de Matignon sans aucune différence.
Ensuite jusqu’à preuve du contraire il n’y a pas de vacance du pouvoir : le président de la République est à Paris, le ministre de l’Intérieur est sur le pont, celui des transports était hier soir sur le plateau du JT de France 2.
Enfin juridiquement, constitutionnellement, aucune règle ne mentionne que le Premier ministre ne puisse s’absenter en cas de conflit social sur le territoire national.
L’attaque de Bruno Lemaire est-elle fondée ? La réponse est non.
Y-a-t il vacance du pouvoir ? Non

En revanche, la question de l’autorité du gouvernement est-elle posée après trois mois de conflit social, de violences et de blocage partiel, clairement : oui.