Bernard Cazeneuve sous pression et les chiffres du chômage à l’aune de ce que dit le FMI : les experts d'Europe 1 vous informent

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Les experts d'Europe 1 est une chronique de l'émission Europe matin
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Antonin André et Axel de Tarlé font le point sur l'actualité du jour.

Antonin André, expert politique

Ce n’est pas l’enfer de Matignon mais l’enfer de Beauvau. Épreuve de forces avec la CGT, journées de manifestations aujourd’hui dans toute la France : les policiers, CRS et gendarmes sont en première ligne et leur chef, Bernard Cazeneuve est sous pression.

C’est Nuit Debout au ministère de l’Intérieur. Bernard Cazeneuve ne dort plus et son cabinet dort d’un œil. Après les violences des black Blocs qui ciblent la police, la menace terroriste qu’il faut surveiller, les déblocages de raffineries et dépôts de carburants, voire des centrales nucléaires qui viennent s’ajouter aux missions à risques... Risque d’embrasements, d’incidents, de bavure, de policiers blessés, sans parler des tâches quotidiennes car les migrants à Calais n’ont pas disparus.
A partir du 10 juin ce sera l’enfer et le purgatoire avec le début de l’euro "Les rapports quotidiens des policiers chargés du renseignement doivent donner la migraine à Bernard Cazeneuve". Voilà ce que disait hier un dirigeant d’un syndicat de police qui voit arriver l’euro avec appréhension. L’euro dans un contexte de conflit social c’est le cauchemar pour des forces de l’ordre exsangues.
Il faut savoir que depuis les attentats du 13 novembre, les heures supplémentaires accumulées dans la police se chiffrent en millions. Bien sûr pour nécessité de service comme on dit, les fonctionnaires de police sont priés d’éviter de prendre des congés entre le 10 juin et le 24 juillet. Pourquoi le 24 juillet ? C’est l’arrivée du tour de France, parce qu’effectivement après l’euro il y a également le Tour de France à sécuriser.

Très forte pression, ça veut dire qu'il y a un fort enjeu pour notre sécurité bien sûr mais aussi politiquement pour Bernard Cazeneuve ?

Exactement. Cazeneuve c’est dixit le président "une des révélations si ce n’est la Révélation" du quinquennat. Plus encore peut-être qu’un Emmanuel Macron.
Affaires européennes, Budget, Intérieur et jusqu’ici pas une erreur. Même la droite a loué sa compétence et a voté ses lois Sécurité. Inconnu avant 2012, Bernard Cazeneuve est aujourd’hui l’homme en qui François Hollande a le plus confiance dans son entourage direct. Plus encore qu’en Manuel Valls , il est devenu premier ministrable.

Ça veut dire qu’aujourd’hui si Manuel Valls sautait ou partait, Bernard Cazeneuve serait son successeur ?

Oui, Antonin André l'affirme sans ciller et avec lui la plupart des proches du Président, il ferait un excellent Premier ministre de fin de mandat pour calmer le climat social, apaisé. Par opposition à Manuel Valls.
On en d’ailleurs une illustration de cette opposition de style sous nos yeux, dans le bras de fer avec la CGT : la tâche de Bernard Cazeneuve est d’autant plus délicate que pendant qu’il fait tout pour éviter l’embrassement, le Premier ministre, lui, balance des bidons d’essence sur une CGT en fusion à coup de discours toujours plus martiaux, il cogne comme un sourd sur le syndicat, comme si lui le Premier ministre faisait tout pour que ça explose.

Axel de Tarlé, expert économie

Pour le second mois consécutif, on enregistre une nouvelle baisse sensible du chômage en Avril. Pole emploi compte désormais 20.000 demandeurs d'emplois de catégorie A en moins.

Peut-on dire que ça y est la courbe du chômage s'est inversée ?
 
Ça y ressemble ! Sur les quatre premiers mois de l'année, le chômage a baissé tous les mois sauf en février.
Moins 28.000 demandeurs d'emploi en janvier avant une augmentation de 38.000 en février. La baisse du mois de mars est conséquente avec 60.000 demandeurs d'emploi en mois et elle se confirme sur le mois d'avril avec une nouvelle baisse de 20.000 demandeurs d'emploi. Il est également important de préciser que le chômage baisse dans toutes les catégories.
Sur un an, ça baisse également de 23 000, il y a donc moins de chômeurs que l'an dernier à la même époque, c'est du jamais vu depuis 2008.
Ça c'est pour Pole emploi.

L'insee nous dit la même chose : on est repassé sous les 10 % de chômeurs à 9,9 % contre 10,2 au troisième trimestre.
Plus de croissance, plus de chômeurs en formation et un chiffre du chômage qui baisse.

Bien sûr, on n'est pas à l'abri d'une correction. Déjà le ministère du Travail note qu'il y a une "hausse inhabituelle" du nombre de chômeurs qui n'ont pas actualisé leur situation et qui ont donc été radiés mais c'est parmi les chômeurs de catégorie B et C, ceux qui travaillent un peu et qui peuvent donc considérer qu' ils travaillent suffisamment pour ne plus s'inscrire à Pole emploi.

Donc François Hollande a gagné son pari d'inverser la courbe du chômage ?

Il semblerait que oui, techniquement, François Hollande va pouvoir se représenter.
Mais pas question de crier victoire. Souvenez vous, François Hollande, lui même, la semaine dernière à ce micro déclarait : "Ce serait téméraire, voire mensonger, de dire que le chômage va baisser massivement".
C'est exactement ce que dit le FMI dans une note sur la France qui vient d’être publiée et qui est terrifiante.

La France c'est 10 % de chômeurs dont 9 % de chômage structurel, de gens qui n'ont aucune de chance de retrouver un emploi même si la conjoncture s'améliore.
Pourquoi ? A cause d'un problème de qualification, de formation. Le marché du travail est bloqué par des procédures d'embauche et de licenciement trop compliquées, des charge trop élevées et puis, même si on n'a pas envie de l'entendre, un système d'indemnisation du chômage jugé trop généreux et qui n'incite pas au retour à l'emploi.
Le FMI estime que la France doit aller beaucoup plus loin dans ses réformes et notamment beaucoup plus loin que la loi El-khomri.

Si on est pour ces réformes, on dit qu'il faut plus de souplesse. Si on est contre, on dit non à la précarité !