Portugal : des mesures radicales pour réduire le risque d'incendie

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Le monde dans votre radio est une chronique de l'émission Europe Soir
Partagez sur :

Tous les propriétaires de terrains boisés au Portugal ont été appelés à se mettre aux normes d'ici au 15 mars.

On va aller au Portugal d’abord, où le gouvernement vient de tirer les leçons des incendies meurtriers d’octobre avec des mesures assez radicales…

Oui la presse se fait l’écho de la modification d’un décret-loi de 2006 pour réduire le risque d’incendies dans les forêts portugaises. Ce décret-loi a été modifié le 14 février dernier, donc il y a deux semaines et les propriétaires de terrains boisés, particuliers, municipalités ou entreprises, doivent se mettre aux normes pour le 15 mars, dans 15 jours. Alors ce qui est expliqué, c’est qu’il faut défricher les buissons et couper les arbres dans un rayon de 50 mètres autour des habitations, des usines, des chantiers. Avec une attention toute particulière aux pins maritimes et aux eucalyptus, qui sont des arbres très inflammables.

C’est ce délai notamment, qui fait hurler les maires ! Un petit mois pour une tâche a priori titanesque !

Oui, certains journaux ont titré "mission impossible !" La pression est forte, du ministère de l’Agriculture, des forêts et du développement rural, du ministère de l’Intérieur et de l’administration fiscale car des amendes bien plus importantes qu’avant sont brandies comme une menace pour ceux qui ne feraient pas leur part. Elles vont de 280 à 10.000 euros pour un particulier et de 3.000 à 120.000 euros pour une personne morale. La sécheresse perdure au Portugal, et le gouvernement ne veut plus être accusé de ne rien faire. Tout le monde reste très traumatisé par les 36 morts du mois d’octobre qui s’ajoutaient au bilan terrible des incendies de juin, qui avaient fait 64 victimes, plus de 100 morts en 2017.

Plus de 100 morts et pourtant le principe même de ce grand nettoyage des forêts fait débat au Portugal ?

Oui, entre ceux qui disent "plus jamais ça" et qui dénoncent l’incurie des propriétaires et la négligence des municipalités, ceux qui soulignent que ce nettoyage forestier tel qu’il est imposé est infaisable et puis ce journaliste du quotidien Diario de Noticias qui fustige la panique qui s’est emparée de tous. Il lisait des infos contradictoires, alors il est allé lire le décret lui-même, décortiquer son charabia administratif pour découvrir que ces fameux "50 mètres alentours", c’est la zone de responsabilité d’un propriétaire autour de sa maison. Dans cette zone, il doit nettoyer, débroussailler, faire en sorte que les pins et eucalyptus soient éloignés d’une certaine distance entre eux. Mais nulle part, écrit-il, il n’est demandé de tout couper ! Juste ceux qui sont trop proches : la cime des arbres doit être éloignée d’au moins cinq mètres du bâtiment. Ce journaliste dénonce le zèle des autorités, qui à force de brandir la menace d’amendes, risque de pousser les Portugais à transformer de petites oasis de verdure, de fraîcheur et de repos en désert. "Un désastre écologique", écrit-il.

Ce soir, on vous emmène aussi au Kenya, où on assiste à un retournement assez spectaculaire sur le sujet de l’excision. Charlotte Simonart, vous êtes à Nairobi au Kenya. L’excision a été interdite là-bas il y a sept ans mais une femme médecin vient de saisir la justice pour obtenir un retour en arrière au nom, tenez-vous bien,  du droit des femmes à disposer de leur corps. Qui est-elle ?

Elle s’appelle Tatu Kamau, considérée ici comme une femme brillante. Elle a occupé de nombreux postes à responsabilité au sein du ministère kenyan de la Santé. Et cette femme considère donc que l'excision doit être un droit, au même titre, dit-elle, que le droit de fumer ou de boire de l'alcool. Selon elle, beaucoup de femmes feraient le choix de l'excision plus tard dans leur vie et doivent pouvoir le faire dans des conditions médicales décentes, au lieu d'être jugées et emprisonnées.

Donc elle en fait un combat féministe…

C’est ça. Elle parle de discrimination de la femme et s'insurge du fait que le parlement puisse décider pour les femmes. Pour Tatu Kamau, dire qu’il s’agit de "mutilation génitale" est un abus de langage. Cela fait partie de la culture africaine, affirme-t-elle. Des arguments qui font évidemment bondir les défenseurs des droits des femmes, qui parlent d’un retour en arrière dangereux alors que la sensibilisation des populations continue au Kenya car l’excision est encore pratiquée dans certaines régions. Et ce ne sont jamais les filles qui l’ont choisi ! A ce jour, 20% des Kenyanes de plus de 15 ans ont été excisées.

Est-ce que ça peut aboutir, elle peut gagner ?

A priori non. Depuis sept ans, la peine encourue en cas d’excision peut aller de trois ans de prison jusqu'à la perpétuité si la femme meurt durant l'opération. Les politiques ont pris conscience des risques sanitaires que cela faisait courir aux femmes. Mais les associations s’inquiètent d’avantage de l’écho que cette action pourrait avoir. Etant une femme influente au Kenya, Tatu Kamau pourrait ouvrir une boite de Pandore et décomplexer d'autres voix dissonantes.

En bref, alors qu’on a eu un peu froid ces jours-ci, "par chez nous", le Pôle Nord enregistre des record de température !

Jusqu’à 35° au-dessus des moyennes historiques en Sibérie par exemple ! C’est énorme ! Au Groenland, depuis le début de l’année, la température a été supérieure à 0°C pendant 61 heures. C'est trois fois plus que d’habitude à cette date. Dans une station météo du nord du Groenland, il est arrivé le mois dernier que les températures soient plus élevées qu’à Londres ou Zurich ! Alors qu’il fait nuit tout le temps en plus. Ça inquiète beaucoup les scientifiques, qui expliquent que l’Arctique a toujours été considéré comme un baromètre. Et là, il semblerait que l’Arctique nous envoie un avertissement très clair.

Au Ghana, la vidéo d’un instituteur est devenue virale...

Oui car ce prof enseigne à ses élèves l'informatique, mais sans ordinateur ! Comme il n’a pas de matériel, il dessine au tableau noir un écran de logiciel de traitement de texte, avec toutes les barres de tâches, avec des craies de couleur. Tout ça pour sensibiliser ses élèves à l’utilisation d’un ordinateur. Sa vidéo a suscité un tel engouement sur les réseaux sociaux que le prof dit avoir reçu des promesses de dons financiers et de matériel informatique.
Bien joué !