Pologne : le gouvernement repart en guerre contre l'avortement

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Le gouvernement polonais souhaite restreindre le droit des femmes à interrompre une grossesse. Cette mesure reviendrait quasiment à interdire complètement l'IVG en Pologne.

Direction la Pologne avec un débat au parlement sur une restriction du droit à l'avortement.

En clair, cette mesure reviendrait quasiment à interdire complètement l'IVG en Pologne. C'est un texte issu d'une initiative populaire, déposée par un comité d'associations anti-avortement et qui a reçu l'appui de plus de 800.000 signataires. Il s'agit d'interdire ce qu'on appelle l'avortement "eugénique", ça veut dire l'interruption d'une grossesse lorsque les examens montrent que le bébé souffre de malformations ou de handicap. Et c'est aujourd'hui quasiment le seul motif possible en Pologne et la raison de la quasi totalité, 96%, des avortements. Il y en a un millier par an.

Oui, parce que la Pologne a déjà une législation extrêmement restrictive aujourd'hui...

Oui c'est l'une des plus strictes d'Europe. La loi actuelle, qui est issue d'un compromis qui avait déjà été très compliqué à atteindre en 1993, limite le droit à l'avortement à trois cas très précis : lorsque la vie de la mère est en danger, en cas de viol ou d'inceste et lorsque le bébé est malformé. Ce dernier cas donc qui pourrait disparaître. Et encore, la loi actuelle n'est même pas toujours respectée. Beaucoup de médecins, refusent encore de pratiquer les avortements même lorsqu'ils sont légaux en invoquant leur "clause de conscience".

On voit bien que c'est un sujet extrêmement sensible. Il faut y voir le poids de l'Eglise ?

En tout cas l'Eglise supporte activement la cause. Le 31 décembre, les évêques ont fait lire dans toutes les églises du pays un appel à soutenir cette nouvelle loi "immorale" et qui revient à "tuer" disait le message. L'Eglise catholique est toujours très puissante en Pologne. Il faut savoir que l'héritage chrétien est mentionné dans la Constitution, que le catéchisme est enseigné à l'école publique. Et le gouvernement au pouvoir depuis deux ans, celui du parti ultra conservateur "Droit et Justice", a renforcé encore cette alliance. Régulièrement le président ou la Première ministre revendiquent leur foi. Ce n'est pas leur première tentative sur l'avortement. Fin 2016, le Parlement avait fini par reculer, face à une "grève générale des femmes". Des dizaines de milliers de femmes étaient descendues dans la rue, vêtues de noir. A l'époque, ça allait même plus loin, on parlait de punir les femmes qui avortent de cinq ans d'emprisonnement. Mais depuis, d'autres mesures sont passées : la fécondation in vitro n'est plus remboursée, l'accès à la pilule du lendemain est devenu extrêmement limité... Là aussi, des mesures activement défendues par l'Eglise.

Hélène Kohl, on parle maintenant d’une polémique en Allemagne autour de la destruction d’une église dans l’ouest du pays.

Oui elle a été rasée en début de semaine, sous l’œil des manifestants. Mais la raison économique l’a emporté. Cette église romane devait disparaître parce qu’elle entravait la progression d’une mine de lignite ! Une mine à ciel ouvert, qui engloutit au sens propre la région à grand coup d’excavatrices. 7.600 habitants ont dû être relogés au total, et le village de Immerath, comme bien d’autres avant, est en passe de s’effondrer dans la fosse de la mine. Il y a donc maintenant à quelques kilomètres, en sécurité, un "Immerath Nouveau" - on a transféré l’école, la mairie etc… Mais démonter et remonter la vieille église aurait coûté trop cher. On a préféré la détruire.

On imagine que cela a suscité pas mal de colère ?

Oui les images des pelleteuses de démolition autour du clocher ont fait le tour de l’Allemagne. Les opposants ont tout tenté. Il y a eu des recours juridiques, des manifestations, des actions coup de poing, encore une toute dernière occupation des lieux lundi. Il y avait aussi un soutien populaire large. Plus d’un Allemand sur deux voudrait que l’Allemagne cesse de produire de l’électricité à partir du charbon ou de la lignite, qui représentent aujourd’hui encore 40% du mix énergétique.

L’abandon du nucléaire se paie cher…

En réalité, le développement des énergies renouvelables a plus que compensé l’arrêt des réacteurs nucléaires. Si bien que l’Allemagne pourrait tout à fait éteindre d’un coup toutes ses centrales à charbon ! Si on continue comme ça avec le charbon, c’est pour protéger l’emploi dans des bassins industriels comme la Ruhr. Des régions qui sont aussi des fiefs électoraux de la gauche. Pour soigner cette clientèle, le SPD vient justement de négocier avec Merkel une poursuite de l’exploitation minière. Avec cette conséquence terrible : l’Allemagne officiellement admet qu’elle n’atteindra pas ses objectifs de réduction de CO2 pour 2020 ! Et tout ça on l’a appris, lundi, au moment même où les pelleteuses s’attaquaient à l’église de Immerath !