Nouvelle-Zélande : la sensation Jacinda Ardern

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Devenue Premier Ministre à l'issue d'une campagne incroyable, Jacinda Ardern vient d'annoncer qu'elle est enceinte. Elle a prévu de verser une partie de son salaire à une ONG pendant son congé maternité.

C’est le phénomène politique de ces derniers mois en Nouvelle-Zélande. Elle s’appelle Jacinda Ardern et elle est devenue Premier ministre à l’issue d’une campagne incroyable. Et elle vient d’annoncer qu’elle est enceinte et qu’elle va prendre son congé maternité tout à fait normalement.

Mais oui, quand le bébé arrivera, en juin, Jacinda Ardern se mettra en retrait des affaires pendant six semaines. Elle passera le témoin au vice-Premier ministre tout en restant joignable, ils se parleront comme ils le font déjà. Et hier, la Première ministre a précisé que pendant cette période, elle ferait don d’une partie de son salaire à une ONG, qui vient en aide aux familles avec des enfants en bas âge. "Mon travail sera moindre pendant cette période", s’est-elle justifiée. Jacinda Ardern a fait cette annonce avec beaucoup de simplicité finalement. D’abord sur Instagram puis aux micros des médias, devant sa maison aux côtés de son compagnon, Clarke Gayford, un animateur télé qui s’apprête, lui, à devenir "père au foyer" pour s’occuper du bébé. Leur message : on est très contents et on s’organise, comme tout le monde ! Et comment a-t-elle fait pour gérer les nausées matinales, continuer à travailler sans révéler sa grossesse ? Réponses : toutes les femmes le font !

Mais donc là, elle est enceinte de trois mois. Cela coïncide exactement avec les élections qui l’on portée au pouvoir ?

Exactement, elle a su qu’elle attendait un bébé pendant les âpres négociations qui suivent les élections en Nouvelle-Zélande. Négociations pour trouver une coalition de gouvernement entre les différents partis. Jacinda Ardern, qui était la toute nouvelle cheffe des Travaillistes, n’a rien lâché et six jours après, elle était nommée Première ministre. Et cette grossesse arrive un peu comme une démonstration. Car quelques semaines avant, pendant la campagne, Ardern avait été bombardée de questions sur ses priorités : sa carrière ou avoir des enfants ? Elle avait répondu vertement qu’il était "inacceptable que ce genre de question soit encore posée en 2017". Dans la foulée, la "Jacinda-mania" gagnait les journaux. Elle prenait 19 point dans les sondages, de nouveaux dons arrivaient au Parti Travailliste qui était au fond du trou, et 3.500 nouveaux bénévoles venaient relancer la campagne.

Donc ce bébé, il avait déjà fait de la politique avant même d’être conçu !

Absolument. Et à ceux qui se lâchent aujourd’hui sur les réseaux sociaux, accusant la Première ministre de "trahir ses électeurs" ou lui demandant de démissionner, elle répond que sa grand-mère (qui est décédée pendant la campagne), lui aurait sans doute dit aussi de quitter son poste. Mais elle demande à ces gens-là de lui laisser le temps de prouver qu’elle peut faire le job.

On va quitter les All Blacks pour les Pumas. On prend donc la direction de l’Argentine. Là-bas, le ministre du Travail est sur la sellette pour avoir licencié sans ménagement sa femme de ménage. Aude Villiers-Moriamé, vous êtes notre correspondante à Buenos Aires. Tout est parti d’un message sur la messagerie WhatsApp !

Oui, ce qu’on appelle une note vocale, un message audio qu’on enregistre au lieu d’écrire. Début janvier, donc, le ministre du Travail Jorge Triaca en laisse un à son employée de maison. Rien d’inhabituel a priori, mais quand elle appuie sur lecture, elle entend "Sandra, ne viens pas, parce que je vais t’envoyer te faire foutre, tu es une grosse crétine". Ce qui lui a valu cette violence verbale, ce sont dix minutes de retard. Et deux semaines plus tard, le ministre licenciait son employée, sans indemnités et après presque six ans de bons et loyaux services !

Et le message vocal s’est retrouvé sur internet…

Ah oui, très remontée, Sandra Heredia ne l’a pas gardé pour elle seule. Résultat : depuis quelques jours, l’opinion publique s’enflamme. Le hashtag #ChauTriaca, "u revoir Triaca" a explosé les records sur Twitter.

Si cette affaire fait beaucoup de bruit, c’est parce qu’elle illustre bien les profondes inégalités que connaît l’Argentine…

Oui, prenez le cas des riches habitants de Buenos Aires par exemple. Le week-end, ils se rendent dans leurs luxueuses villas, en banlieue, où ils sont assistés dans leurs moindres mouvements par des employées de maison. Ces femmes, souvent immigrées de pays voisins, travaillent 24h/24 : elles cuisinent, nettoient, s’occupent des enfants… Pour un salaire médiocre et la plupart du temps non déclaré. Les dernières statistiques du gouvernement indiquent ainsi que 72% des employés domestiques travaillent au noir.

Ça n’était quand même pas le cas de l’employée du ministre du Travail ?

Eh bien si. Sandra Heredia a travaillé pendant trois ans pour Jorge Triaca sans être déclarée. Il s’était empressé de la régulariser juste avant d’entrer au gouvernement. Mais ce n’est pas tout : Sandra raconte aussi lui avoir demandé un jour une augmentation de salaire et explique que le ministre aurait préféré lui trouver un poste dans un syndicat plutôt que de sortir les fonds de sa propre poche. Après toutes ces révélations, Jorge Triaca a été invité à prendre quelques semaines de vacances, le temps que la polémique s’apaise.