Maroc : l'appel à l'aide des habitants de Jerada

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Les chroniques du monde est une chronique de l'émission Europe Soir
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Depuis plus d'un mois, les habitants de Jerada au Maroc manifestent pacifiquement, après la mort de trois mineurs clandestins. Ils demandent l'aide du royaume.

Vous nous emmenez d’abord dans l’une des régions les plus pauvres du Maroc, à la frontière de l’Algérie. Là-bas les mines de charbon ont fermé, il y a 20 ans. Mais ce qui est incroyable c’est que les habitants continuent à l’exploiter, de manière sauvage et avec des conséquences dramatiques…

Jerada est sous tension. C’est une ville de plus de 43.000 habitants, dans cette région déshéritée de l’Oriental. Ces mines sauvages dont vous parlez, on les appelle là-bas les "descenderies" ou encore les "cendriers". Ce sont des trous, creusés à la main, des puits qui donnent à la colline une allure de gruyère. Et quand le trou devient profond, parfois jusqu’à 100 mètres, les gars descendent avec un treuil animé par un groupe électrogène. Ils ont une corde à la taille, et ils y vont en rappel. Et ils en remontent des sacs de charbon. Et parfois, les tunnels cèdent. Le 22 décembre dernier, deux frères ont été noyés sous terre, par un torrent soudain. Et jeudi dernier un autre mineur clandestin de 32 ans est mort dans un éboulement. Trois victimes des "cendriers" en 40 jours. Voilà ce qui a déclenché la colère des habitants de Jerada. Tous les jours quasiment, depuis plus d’un mois, ils manifestent pacifiquement.

Ils demandent quoi ? Qu’on se préoccupe d’eux ?

Exactement. Parce que la ville et la province de Jerada n’ont pas toujours été parmi les plus pauvres du Royaume. Dans les années 20, on découvre la richesse du sous-sol. Les Charbonnages du Maroc sont alors le deuxième plus grand recruteur du pays. La société d’Etat emploie entre 6.000 et 9.000 personnes dans la région. Mais la grande mine finit par ne plus être rentable. Décision est prise en 98 de la fermer. Et depuis, c’est le "système D". Ces puits sauvages sont illégaux, mais tolérés. Les "gueules noires" vendent leurs sacs de charbon à ceux qu’on appelle les "patrons" : quelques notables du coin qui détiennent les permis miniers. Eux sont riches mais les hommes qui descendent sous terre gagnent 100 dirhams par jour, c’est moins de 10 euros. Quelques 2.000 personnes font ainsi vivre comme ils peuvent leurs familles mais dans la région de Jerada, le chômage grimpe à 32 %, c’est deux fois plus que la moyenne du Royaume.

Mais le Maroc n’avait pas prévu de palier la fermeture de la grande mine, au début des années 2000 ?

Sur le papier si, des programmes de développement et de reconversion étaient prévus mais rien ne s’est jamais passé. Exactement comme chez leurs voisins du Nord, dans le Rif, où la contestation gronde aussi depuis plus d’un an, après la mort d’un vendeur de poisson dans une benne à ordure, à al-Hoceima. Vous vous souvenez de cette histoire, c’est pareil. C’est le Maroc qui veut qu’on l’aide à sortir la tête de l’eau. A Jerada, des ministres se sont déplacés et ont fait des promesses de plan d’urgence. Les habitants attendent de voir et d’ici là, ils manifestent.

On voulait aussi vous raconter l’histoire d’une lettre. C’est l’histoire d’une petite fille qui a perdu son meilleur ami lors d’une fusillade dans son école et qui a décidé d’en parler au président. Ça se passe chez vous, Xavier Yvon, aux Etats-Unis. Elle lui a donc écrit !

Oui, avec son écriture appliquée de petite fille de sept ans, Ava Olsen commence par un "Cher Mr Président", avant de lui raconter la fusillade dans son école de Caroline du Sud, il y a un an et demi, quand elle était en CP. Je vous lis ses mots : "J’ai tout vu et tout entendu. J’ai eu très peur. Mon meilleur ami, Jacob, a été touché par une balle et il est mort. Ça m’a rendue très triste. Je l’aimais et j’allais me marier avec lui un jour. Je déteste les armes." Mais la petite fille ne s’arrête pas là, ensuite elle demande à Donald Trump : "Allez-vous protéger les enfants contre les armes ? Comment allez-vous faire ?".

Et Donald Trump a répondu ?

Oui, la lettre frappée du sceau présidentiel est arrivée chez les Olsen un peu après Noël. "Chère Ava, répond Donald Trump, tu es très courageuse de partager ton histoire avec moi. C’est mon rôle de président de m’assurer que les enfants en Amérique grandissent en sécurité." La petite Ava est très impressionnée mais quelques jours plus tard, elle fait remarquer à sa mère que le président "n’a pas pas dit comment il allait protéger les enfants". Alors la petite fille reprend son stylo, et répond poliment à Donald Trump. "Si vous avez le temps, j’ai quelques idées pour aider à protéger les enfants et les écoles, parfois, écrit-elle, les gens qui vivent les fusillades dans les écoles ont de meilleures idées."

Et quelles suggestions a-t-elle faites ?

Dans sa liste, il y a : prévoir des abris où l’on peut se cacher, et construire les écoles en cercle et mettre les aires de jeux au milieu (parce que c’est sur l’aire de jeux devant son école que la fusillade a eu lieu).

Le président a répondu à nouveau ?

Pas encore, Ava a envoyé sa lettre il y a juste un mois. Mais cette correspondance publiée par le Washington Post arrive à un moment où les fusillades dans les écoles sont devenues presque banales. La dernière qui a fait les gros titres c’était dans un lycée du Kentucky fin janvier : deux morts. Eh bien à ce moment-là, c’était déjà la 11ème de l’année. En 2018 il y a déjà eu des coups de feu dans une cantine à Dallas, sur un parking d’école à la Nouvelle-Orléans, dans un bus scolaire de l’Iowa, ou encore sur un campus universitaire en Californie. Depuis le massacre dans l’école primaire de Sandy Hook, l’Amérique semble s’être habituée à ces fusillades en milieu scolaire et il faut la lettre d’une petite fille pour se souvenir que tout ça n’est pas normal.

En bref, ce matin, une délégation nord-coréenne de 280 personnes a franchi à pied la ligne de démarcation vers le sud de la péninsule…

C’est le grand symbole de ces Jeux olympiques qui commencent vendredi. La délégation était emmenée par le ministre des Sports, et comportait notamment 229 pom-pom girls ! On a appris aussi aujourd’hui que Kim Yo-Jong assisterait à la cérémonie d’ouverture. Vous savez qui c’est ? C’est une dirigeante importante du parti unique en Corée du Nord, mais elle est surtout la sœur cadette du dictateur Kim Jong-Un.