Les étudiants algériens rêvent de poursuivre leurs études à l’étranger

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Le journal du monde est une chronique de l'émission Hondelatte raconte
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Depuis dimanche, de nombreux étudiants se sont massés devant l’Institut Français d’Alger. Selon eux, rien n’a été fait pour les jeunes depuis des années alors que le pays a fêté le 1er novembre le 63e anniversaire du déclenchement de la révolution. 

Première destination, l'Algérie. Depuis dimanche, la presse algérienne s’émeut de voir la foule de jeunes qui se masse devant l’Institut Français d’Alger. 

Les photos publiées dans les médias algériens sont impressionnantes : des centaines de jeunes en rangs serrés, tout autour du bâtiment officiel français. Dimanche certains étaient venus dès la nuit pour être les premiers, et l’affluence et les cafouillages qui s’en sont suivis ont été tels que l’Institut n’a pas ouvert ses portes ce jour-là comme il aurait dû le faire. Certains jeunes se sont évanouis et des policiers sont intervenus pour ramener le calme et tout ce petit monde a été invité à revenir les jours suivants, de lundi à aujourd’hui, selon un calendrier précis par ordre alphabétique des noms de famille.

Pourquoi cette affluence ? Que venaient chercher ces jeunes ? 

Ils venaient pour s’inscrire au TCF, test de connaissance du français. Un test de langue, donc, que fait passer l’Institut français, valable 2 ans quand on l’a réussi. Et c’est un test requis pour déposer un dossier à Campus France et postuler à une université française. Donc ces jeunes, ce sont des étudiants algériens, parfois même déjà diplômés, et qui veulent poursuivre leurs études ici en France. Certains venaient de province, juste pour s’inscrire au test. Avant ça se faisait sur internet mais depuis ce dimanche il fallait se déplacer, d’où cette cohue, qui a fait pas mal jaser.

Cela donne l'image d'une jeunesse qui veut partir...

Exactement. Avec ces titres de la presse, El Watan : "Ruée sur l’Institut français", le quotidien Liberté : "Étudiants, l’exode massif". Que les postulants à ce test de langue aient été déjà nombreux avant, que les jeunes Algériens rêvent d’aller étudier en France, mais aussi au Canada, aux États-Unis ou ailleurs, ça n’est pas nouveau. Mais cette fois ça s’est vu, physiquement dans les rues. Certains ont fait le lien avec le 63e anniversaire du déclenchement de la révolution, c’était hier, le 1er novembre. "Rien n’a été fait depuis l’indépendance", pouvait-on lire. " Il ne faut pas s’étonner que les jeunes voient leur avenir ailleurs". Voilà un cafouillage pour une simple inscription à un test de langue nourrit une polémique. 

Deuxième histoire, nous prenons la direction du Japon, pour évoquer un sujet qui renvoie à une polémique qu'on vient de vivre en France : on se souvient de cette publicité, "Sugar Daddy", qui incite les étudiantes à arrondir leurs fins de mois en se prostituant. En effet, cela existe, mais en pire ! Car là-bas ce ne sont pas des étudiantes mais carrément des lycéennes qui sont démarchées. Des mineures, donc. On retrouve Bernard Delattre, qui est à Tokyo. 

Bonsoir Sophie, bonsoir Isabelle ! Ici ça s'appelle le "JK Biz". "Biz" comme business, et "JK" comme "joshi kôsei" : lycéenne, en japonais. Ce sont des clubs privés qui organisent des rendez-vous entre des lycéennes et des inconnus. Pour des promenades en ville, du karaoke en box privé, des massages des mains ou des pieds, etc. Ou alors, la lycéenne, dans une cabine, fait ses devoirs en sous-vêtements, en bikini ou en uniforme d'écolière. Et, derrière des miroirs sans tain, le client observe. Il y a plus d'une centaine de clubs de ce type, au Japon.

Selon les sondages, 16% des filles de 15 à 18 ans connaissent quelqu'un qui travaille en JK Biz, et 8% le font elles-mêmes ou n'excluent pas de le faire. Donc ça n’est pas du tout marginal.  Et selon la police, dans un cas sur deux, cela donne lieu à prestations sexuelles. De la prostitution de mineures, donc.

Mais qu’est-ce qui pousse ces jeunes filles à être l’objet de ce business pourtant si dangereux ?

 C’est beaucoup mieux payé que les jobs étudiants classiques. Pour la police, l'argent facile, c'est LA motivation des lycéennes. Les associations d'aide aux victimes, elles, mettent en avant la précarisation de beaucoup de jeunes. Un sur six vit sous le seuil de pauvreté, c’est plus que la moyenne des pays industrialisés. Ici, un jeune sur deux a un job étudiant, pas pour l'argent de poche, mais pour aider sa famille à boucler ses fins de mois.

 On comprend que ce commerce dérape souvent dans l’illégalité, le crime. Que font les autorités ?

 Ces derniers temps, les arrestations se multiplient. Et, depuis cet été, ces clubs ont l'interdiction de faire travailler des filles en sous-vêtements ou en maillots de bain, ainsi que des mineures de moins 18 ans. Il n'empêche, à Osaka récemment, dans un bar à filles, on a découvert des hôtesses qui n'avaient que 14 ans! Il faut dire que les peines infligées aux contrevenants sont dérisoires, donc pas du tout dissuasives. Et de plus en plus de clubs tentent d'échapper aux contrôles en organisant tous les rendez-vous via les messageries instantanées.