L'Australie met les grands moyens contre la pédophilie

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Deux Etats australiens ont voté en faveur d'une loi rendant obligatoire la dénonciation des abus sexuels sur des enfants, lorsqu'ils ont été confessés à un prêtre.

Direction l'Australie, où la guerre contre la pédophilie est déclarée avec les grands moyens. Et l'une des mesures qui fait le plus débat, c'est la fin du secret de la confession. Sérieusement ?

Sérieusement, deux Etats australiens (c’est-à-dire deux régions) ont voté des lois dans ce sens. Elles doivent entrer en vigueur en octobre pour l’un et en mars prochain pour l’autre, le temps pour l’Eglise de se pencher sur cette question épineuse. Oui, ces lois rendent obligatoire la dénonciation des abus sexuels sur des enfants lorsqu’ils ont été confessés à un prêtre. Et d’autres Etats australiens devraient suivre car c’est l’une des 189 recommandations de la "Commission royale" qui s’est longuement penchée sur l’énorme scandale des crimes sexuels sur les enfants dans les institutions australiennes.

Mais les tribunaux peuvent obliger un prêtre à dénoncer un prédateur sexuel ?

L’Eglise répond non ! Qu’il ne peut pas y avoir d’exception au secret de la confession. Le Code de droit canonique prévoit d’ailleurs qu’un confesseur qui trahirait un pénitent serait excommunié. Et les autorités religieuses répondent que leur rôle est alors d’inciter le criminel à se dénoncer à la justice. Ces nouvelles lois rouvrent en Australie un débat qui existe ailleurs. Et la fameuse Commission royale interpelle le Vatican sur d’autres points encore, préconisant le "célibat volontaire" des membres du clergé. Entendez la fin du célibat obligatoire des prêtres. Ainsi que l’introduction d’évaluations psychologiques et psychosexuelles pour les séminaristes afin de vérifier leur capacité à travailler avec des enfants.

Cette Commission, c’est un travail colossal qu’elle a fourni ! Et qui ne vise pas seulement l’Eglise, n’est ce pas ?

Oui, une "Commission royale", en Australie, c’est une sorte de super-commission d’enquête aux pouvoirs très élargis. Elle a travaillé cinq ans, depuis début 2013. Elle a reçu plus de 40.000 appels, 26.000 lettres. Les témoignages de près de 17.000 victimes entraient dans son champ d’action, elle en a auditionné plus de la moitié, 8.000 personnes de 7 à 93 ans, mais la majorité avaient dans la cinquantaine. Des gens qui ont été abusés dans une institution d’Etat (écoles, clubs de sport par exemple) ou une institution religieuse. Et en décembre dernier, cette Commission a rendu un rapport de 17 volumes, accablant sur l’absence de protection des enfants. Et au-delà du constat son rôle était de suggérer les réponses à apporter aux victimes. Elle a donc fait des recommandations. Le gouvernement devait y répondre avant le 30 juin, c’est donc ce qu’a fait le Premier ministre hier, en annonçant toute une série de mesures dont la mise en place, à partir du 1er juillet, d’un système de recours pour que les victimes puissent obtenir des compensations financières.

Et puis l'incroyable campagne électorale au Mexique. Les Mexicains vont voter dans 15 jours pour élire leur président, leurs parlementaires et leurs maires. Laurence Cuvillier, vous êtes la correspondante d'Europe 1 à Mexico. Ce qui est spectaculaire, c'est que ces élections sont marquées par des assassinats en série. On parle de candidats abattus en pleine rue. Je crois qu'on en est à 113 morts depuis le début de la campagne. On sait qui sont les commanditaires ?

"Qui", exactement, c’est difficile à dire, et il est probable que les enquêtes n’aboutiront jamais. Au Mexique, 98% des crimes ne sont jamais résolus. À plus forte raison quand il y a du règlement de compte dans l’air. Rares sont les enquêteurs et les juges qui sont prêts à égratigner le crime organisé.

Donc c'est de là que ça vient ?

Oui, c'est clair. Presque tous ces assassinats ont lieu dans des zones-clés pour les cartels de la drogue : régions productrices d’opium comme le Guerrero, zones portuaires comme le Michoacán… Dans le Guerrero, j’ai demandé froidement à un conseiller municipal : est-ce qu'il est possible, dans sa ville, de faire de la politique sans être en contact avec les groupes criminels ? Sa réponse a été tout aussi froide : non, impossible. Et il en sait quelque chose. Dans cette ville de Chilapa, deux candidates ont été assassinées cette année. Et au cas où on aurait compté sur la police pour mettre de l’ordre, eh bien non. Le commissaire a, lui aussi, été retrouvé mort.

Et tout le monde laisse faire ?

Il y a au moins des tentatives de solutions. Par exemple, à Chilapa, c’est l’évêque qui a pris une initiative très controversée : rencontrer plusieurs chefs des groupes criminels locaux pour négocier avec eux un pacte de non-agression contre les candidats. Il m’a assuré lors de notre rencontre que les chefs avaient été réceptifs à sa demande de trêve, mais avaient posé leur condition : que les hommes politiques, une fois élus, tiennent leurs promesses. Et qu’ils ne commettent pas de fraude électorale. Voilà, quant à moi, je vous laisse dans cet imbroglio moral.

Le gouvernement russe vient de briser un tabou : il s’attaque à l’âge de la retraite !

Un acquis de l’époque soviétique, fixé en 1932 et jamais touché depuis. La retraite, c’est officiellement à 55 ans pour les femmes, 60 pour les hommes et même plus tôt pour 30% des Russes qui bénéficient de régimes spéciaux. Alors dans la réalité, beaucoup travaillent plus vieux, les pensions étant toutes petites. Mais c’est un symbole auquel s’attaque le Kremlin : le relèvement progressif de l’âge de la retraite. A Moscou, on a dû se dire que ça passerait mieux avec la fête du Mondial de foot.