L'Ambazonie déclare son indépendance

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Dimanche, cet Etat virtuel anglophone au Cameroun a proclamé son indépendance. Ce week-end, les répressions ont fait 17 morts.

La première histoire de ce journal du monde, c’est celle de la déclaration d’indépendance dont personne ne vous a parlé, dimanche. L'Ambazonie a tenté de hisser son drapeau sur les bâtiments officiels. Mais au fait, c’est où l’Ambazonie ?

La baie d’Ambas se situe sur le Golfe de Guinée, au sud-ouest du Cameroun. C’est ce lieu qui a inspiré le nom de cet Etat virtuel, l’Ambazonie, qui a son drapeau bleu et blanc, un hymne et même un président auto-proclamé et un premier gouvernement dont la centaine de membres a été annoncée la semaine dernière. Le sud-ouest et le nord-ouest du Cameroun, c’est la partie anglophone du pays, et voilà le point sensible, le point de rupture censé justifier cette déclaration d’indépendance toute symbolique qui a eu lieu dimanche. Les anglophones du Cameroun, qui représentent 20% de la population, se sentent marginalisés depuis longtemps déjà. Un consortium de syndicats anglophones exige donc la tenue d’un référendum pour revenir à une Fédération de deux Etats et que leurs régions regagnent de l’indépendance.

Et cette date du 1er octobre qu’ils avaient choisie pour cette déclaration d’indépendance, elle est évidemment symbolique…

Oui, dimanche c’était le 56ème anniversaire de l’unification du Cameroun français et du Cameroun britannique. Le pays était donc à l’époque, en 1961, une République fédérale qui était ensuite devenue un Etat unitaire, en 72 par référendum. Mais ça fait presque un an, depuis novembre dernier, que la minorité anglophone réclame plus d’indépendance, au moins un retour au fédéralisme. Il y avait eu des manifestations à l’époque. En janvier, le bras de fer avait provoqué une coupure d’internet de trois mois dans les régions contestataires. Et puis il y a dix jours, 30 à 50.000 séparatistes étaient descendus dans les rues. L’Etat camerounais s’est rendu compte que les protestataires n’étaient pas seulement sur Facebook. Résultat, ce week-end, les deux régions anglophones étaient sous couvre-feu, interdiction de se déplacer entre différentes localités et interdiction également des réunions de plus de quatre personnes. Et bizarrement, internet était encore coupé.

Et du coup, dimanche, ça s’est mal passé…

Evidemment. Avec un bilan très lourd. Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles dans plusieurs villes, tuant au moins 17 personnes. Des militants anglophones étaient arrêtés dimanche et lundi, chez eux, et le porte-parole du gouvernement a annoncé que les médias n’avaient plus le droit de donner la parole aux opposants. Et pendant ce temps, le président Paul Biya, 87 ans dont 35 ans de pouvoir, appelait au dialogue depuis Genève où il séjourne en ce moment. Allez comprendre…

Deuxième histoire, en Allemagne, depuis dimanche, la loi sur le mariage pour tous est entrée en vigueur. Hélène Kohl est à Berlin. Dans certaines villes, pour marquer le coup, les maires ont ouvert exceptionnellement les services d’état civil et célébré les premières unions. Mais la technologie ne suit pas, les ordinateurs allemands sont réactionnaires !

Tout à fait ! Le logiciel qui équipe tous les services d’état civil d’Allemagne refuse d’enregistrer un mariage s’il n’a pas une femme et un homme, dans les cases réservées aux époux ! Au moment où les fiancés viennent s’inscrire pour obtenir une date de mariage, c’est obligatoire, il faut choisir, dans le couple, "un mari" et "une femme". Et tant que le logiciel ne sera pas mis à jour, l’acte de mariage officiel conserve cette terminologie. Ce qui a donné lieu à des situations cocasses ce week-end, avec Bodo et Karl ou encore Heinz-Friedrich et Reinhard, quelques un des trente mariés du 1er octobre. "Monsieur l’épouse Heinz-Friedrich", il faut reconnaître que cela sonne bizarre mais il faudra s’y habituer car le nouveau logiciel ne sera pas prêt avant un an. En fait, la technique a été complètement dépassée par la vitesse à laquelle la loi a été modifiée.

Oui, l’Allemagne était à la traîne sur le mariage pour tous et tout s’est accéléré fin juin. En six jours la loi était passée, et sans manif !

On a quand même eu 38 minutes de débat au parlement, très agitées avec beaucoup de passion et d’émotion. Mais c’est vrai, c’est sans comparaison avec ce que la France a pu connaître. En fait, tout était bloqué ici par les partis conservateurs. Et d’un coup, en juin, pour couper l’herbe sous le pied à la gauche qui comptait en faire un thème de campagne, Angela Merkel a jugé qu’il était temps de soumettre l’idée au Parlement. Elle recommande alors un "vote en conscience", sans ligne partisane.

Et d’ailleurs elle-même a voté contre !

Absolument, mais c’est très malin car comme ça, elle ne trahit pas la ligne de son parti sur le mariage pour tous. Mais il reste que c’est elle qui a ouvert la voie à ce vote historique. Six jours plus tard, c’était fait ! Dès le lendemain, les premiers couples homosexuels allaient faire des demandes de mariage dans les mairies et c’est là qu’on a découvert que les ordinateurs étaient du genre conservateurs. Et aussi qu’il fallait peut-être revoir la réputation des fameux ingénieurs allemands si brillants. Un an pour une mise à jour de logiciel, c’est quand même très long !

Deux infos en bref pour finir. Dimanche, c’était aussi le marathon de Bruxelles…

Vainqueur chez les hommes, le Kenyan Stephen Kiplagat. Première chez les femmes, la Belge Christelle Lemaire. Distance parcourue, 42 kilomètres et 195 mètres, pour l’un comme pour l’autre. Jusqu’ici, tout est normal. Prix obtenu, 1.000 euros pour lui, 300 euros pour elle… Et comme ça a fait un gros buzz sur les réseaux sociaux, le principal sponsor s’est senti obligé de remettre à niveau les primes attribuées aux championnes.

A partir de jeudi, la Bolivie rend hommage au "Che" Guevara…

Cinq jours d’hommage national, 50 ans après sa mort. L'annonce a été faite par le président de gauche Evo Morales. L’armée bolivienne, qui avait combattu puis exécuté le Che, est censée participer aux commémorations. Petite polémique tout de même, certains anciens militaires ont prévenu qu’ils n’iraient pas, considérant que c’est plutôt à l’Etat de leur rendre hommage pour avoir défendu la patrie à l’époque.