La fronde des jeunes médecins en Pologne

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Le journal du monde est une chronique de l'émission Hondelatte raconte
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En Pologne, des médecins se sont mis en grève de la faim. Ils réclament plus de moyens pour travailler.

Direction la Pologne où les jeunes médecins mènent une fronde contre le gouvernement.

Une vingtaine d’entre eux est en grève de la faim depuis le 2 octobre. Ils se sont installés dans un hôpital pédiatrique de Varsovie et 30 autres médecins dans le pays ont annoncé aujourd’hui les rejoindre dans leur jeûne. Et samedi, des manifestations de jeunes internes ont eu lieu dans plusieurs villes. Ils réclament tout simplement plus de moyens pour travailler. L’augmentation sensible des dépenses de santé (leurs demandes sont chiffrées, à trois ans puis à dix ans), ça c’est le premier point. Ensuite, l’augmentation de leurs salaires. Aujourd’hui, après six ans d’études, un jeune médecin gagne l’équivalent de 530 euros (c’est un peu plus que le salaire minimum qui est à 450 euros mais ça reste bas). Et puis, troisième point, ils se demandent quand les files d’attente deviendront-elles plus courtes, pour une visite médicale ou une opération.

C’est tout le système de santé polonais qui prend l’eau…

Oui et ça fait très longtemps que ça dure. Tous les gouvernements successifs, quasi depuis la chute du communisme il y a 28 ans, ont promis des réformes mais sans que les moyens ne suivent. Conséquence, la situation s’aggrave puisque les personnels de santé vont exercer ailleurs ! En Allemagne, un médecin polonais sera payé 2.200 euros, le calcul est vite fait. Même pour ceux qui voudraient rester, plaident aujourd’hui les jeunes internes. Donc la Pologne manque de personnel, ce qui accentue un autre fléau, le développement des cadeaux, des dessous de table, bref de la corruption pour se retrouver en haut de la liste d’attente. C’est un cercle vicieux.

Et c’est un problème qui est à l’échelle de l’Europe…

Absolument. En France, par exemple, il y a 4.000 médecins roumains. C’est +700% en dix ans ! Et cela crée des déserts médicaux en Roumanie, où 10% de la population ne se soigne pas, selon des études. Un jeune médecin en Estonie gagne 600 euros par mois. S’il fait 200 kilomètres vers le nord et traverse le Golfe de Finlande, il gagne entre 2.000 et 3.000 euros et ne voit plus 30 patients par jour mais 15. Le journal Politico publie une carte d’Europe très éloquente, qui indique les dépenses de santé par pays et les mouvements de personnels médicaux. Eh bien c’est bizarre, les infirmières et médecins vont là où l’on dépense beaucoup.

Deuxième histoire, c’est celle d'une repentie. Son témoignage, rare, est le gros succès de librairie de cette rentrée en Allemagne. Hélène Kohl, cette repentie elle s'appelle Heidi, elle est Allemande et à 24 ans elle vient de quitter les milieux néonazis dans lesquels elle avait grandi.

Oui, tournant le dos à toute sa famille, ses amis, Heidi Benneckenstein repart à zéro. Son parcours est absolument édifiant. Petite fille, elle faisait des croix gammées en pâte à sel ! Et elle ose en parler. A visage découvert, sous son propre nom. Et ça, c'est nouveau. Car dans le monde très fermé des cellules d'extrême droite, il n'y a rien de pire que la traîtrise. Et donc les néonazis repentis comme elle – ils sont 700-800 dans tout le pays – sont traqués. Beaucoup vivent sous protection policière. Heidi refuse de céder à cette pression. Finies les tresses blondes, elle a un piercing dans le nez. Et elle parle ! Son récit est effarant parce qu'il y a quelques années encore, elle était l'égérie des crânes rasés avec à son actif des délits et même des violences contre des personnes.

C'est l'extrême droite allemande dans ce qu'elle a de plus radical. On ne parle pas là du parti AfD…

Non il s'agit des groupuscules néonazis, qui cultivent la nostalgie du troisième Reich et qui se préparent pour le jour où ils prendront le pouvoir pensent-ils. Heidi Benneckenstein raconte comment son père la faisait se laver à l'eau froide, pour endurcir la "race allemande". L'été, dès ses huit ans, il l'envoyait dans des colos révisionnistes avec exercices de combat et des jours sans manger pour ces futurs soldats du Reich. Leçon de calligraphie aussi pour maîtriser l'écriture gothique.

C'est effrayant ! Ce n'est pas interdit en Allemagne ?

Si évidemment. Tout ça se fait dans la clandestinité. Comme dans une secte. Un jour elle a ouvert les yeux sur les contradictions de cette idéologie, d’un côté la prétendue pureté de la race allemande, de l’autre les beuveries des skinheads. Heidi a réussi à en sortir grâce à une association qui accompagne les repentis. En fait, les structures d'aide existent mais beaucoup de néonazis ont peur de quitter les camaraderies. C'est pour cela qu'elle a écrit son livre, pour leur donner du courage. Même si le prix à payer est lourd. Quand elle s'est mariée il y a quelques mois, il n'y avait que quatre invités. Une noce c’était trop dangereux.

Deux infos en bref, pour terminer ce journal du monde avec d’abord le pape François en Superman !

Vous vous en souvenez peut-être, début 2014 un street artiste, Mauro Pallotta, avait peint un Pape François volant sur un mur de Rome, son poing droit tendu en avant et soutane blanche flottante derrière lui. Ça n’a pas plu à tout le monde à l’époque, surtout au Vatican. Mais ça avait marqué les touristes et les Romains. SuperPape se retrouve aujourd’hui sur des tee-shirts, dont les bénéfices serviront aux œuvres caritatives du Vatican. Il semblerait que le pape François ait donné sa bénédiction à ce projet.

Les ours de Sakhaline (cette île d’extrême-orient russe) sèment la terreur…

Ils ont tué un chasseur et un pêcheur le mois dernier, ce qui est exceptionnel, selon les témoignages sur place. Ils ont tout simplement extrêmement faim, ces ours. Ils n’auraient plus assez de poisson à cause de la surpêche du saumon dans la région. Ils s’attaquent donc au bétail, aux potagers dans les villages et parfois aux hommes. Selon les autorités, 83 ours ont dû être tués sur cette immense île depuis janvier, c’est trois fois plus que l’année précédente.