Inde : scandale autour d'une offre touristique

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Une offre proposant aux touristes de passer une nuit dans un bidonville fait débat en Inde.

Vous nous emmenez ce soir en Inde, où un petit malin offre aux touristes une expérience, comme on dit dans les métiers du tourisme. Il offre de passer une nuit dans un bidonville. Et évidemment sa proposition fait scandale…

C’est le débat presque classique. Peut-on et doit-on faire du tourisme chez les pauvres ? Où est la limite entre le voyeurisme malsain et la bienveillance sincère du voyageur qui ne veut pas passer à côté du pays, de ce que vivent vraiment les gens qui y habitent, qui veulent les rencontrer ? C’est exactement ça ici, à Bombay, ville tentaculaire de 21 millions d’habitants où les prix des logements sont si chers que 60% vivent dans des bidonvilles. C’est ça, la réalité de Bombay, que certains appellent d’ailleurs Slumbay, slum signifiant bidonville en anglais. D’ailleurs, des visites organisées des bidonvilles existent déjà, depuis plus de 10 ans. Mais les petits malins dont vous parlez, qui proposent désormais de dormir dans le bidonville, trouvent ces visites "superficielles".

Alors eux, ils proposent quoi ? Une sorte de Airbnb ?

Voilà, en quelques sortes. Ils appellent ça une "chambre d’hôtel", mais on pourrait tourner l’annonce comme ça : "2000 roupies seulement pour une nuit dans la chambre d’hôte d’une famille locale. Vivez leur vie, y compris en utilisant des toilettes extérieures, communes à 50 personnes, une authentique expérience !" 2000 roupies ça fait 25 euros. La chambre est chez un Indien qui s’appelle Ravi Sansi, ou plutôt juste à côté de la pièce dans laquelle vit toute sa famille, 17 personnes. Dans la chambre à louer, il y a juste la place pour un matelas, neuf précisent-ils. Et au mur, un écran plat et un climatiseur, deux avantages luxueux inexistants ailleurs dans le bidonville.

Et donc une nuit sur place, c’est censé permettre de rencontrer les habitants du quartier ?

Au moins la famille d’accueil, avec qui l’hôte est invité à partager ses repas s’il le souhaite, même si à part Ravi, apparemment personne ne parle anglais. Mais "c’est pas grave", explique David Bijl. Lui c’est un Néerlandais qui travaille dans l’ONG qui emploi Ravi. Et c’est lui qui a eu l’idée de cette chambre d’hôte. Pour avoir travaillé dans de nombreux bidonvilles, il affirme que c’est positif pour tout le monde quand quelqu’un d'"étranger" au quartier s’intéresse à la vie des habitants. C’est l’occasion d’échanges. Ravi dit que sa famille est prête aussi à changer ses habitudes, en accueillant des couples non mariés par exemple ou en fermant les yeux si les hôtes oublient d’enlever leurs chaussures à l’intérieur. Les 2.000 roupies, 25 euros, vont intégralement à la famille, évidemment. Ils ont fait une page Facebook avec plein de photos, y compris les toilettes collectives pas très engageantes. Déjà, d’autres familles sont partantes pour recevoir des invités étrangers. Et le débat reste entier !

Après l’Inde et ses bidonvilles, on va prendre la direction du Brésil avec Marie Naudascher. Deux bonne nouvelles cette semaine : le début du carnaval et la baisse du chômage, pour la première fois depuis trois ans. Léger détail, les nouveaux actifs sont des précaires, et travaillent pour la plupart sans être déclarés !

Oui pour la première fois au Brésil, ce qu’on appelle ici le secteur "informel" vient de dépasser, en nombre, la population active "déclarée". Pour comprendre ce dont on parle, voici l’exemple d’Eduardo : l’été dernier, ce père de deux enfants est licencié. Pendant plusieurs mois il envoie des CV, mais ne passe aucun entretien. Il touche un temps des indemnités chômage, mais à 42 ans, Eduardo a finalement rangé au placard sa "carteira de trabalho", c’est-à-dire sa "carte de travail", ce petit livret que les employeurs signent en début de contrat. Y sont précisés le salaire, la fonction… Il donne droit aussi à un 13ème mois, un congé maladie en cas de besoin, et plus tard une retraite. Eduardo a dû ouvrir une petite entreprise, un peu comme un auto-entrepreneur pour être consultant freelance malgré lui. Et il a perdu toute couverture sociale.

Donc c’est ça, un "travailleur informel" comme vous dites ?

Exactement. Il fait partie des 37% de Brésiliens qui exercent une activité sans être enregistré au ministère du Travail. Ils sont 34 millions dans ce cas-là, plus nombreux que les 33 millions de travailleurs déclarés.

Et pourtant, le chômage recule ?

C’est vrai, on est passé l’année dernière de 14% à 12%. Mais ça reste le double par rapport à 2014, et le début de la crise. Et cette amélioration est due en partie à cet essor de l’activité informelle. Car ces travailleurs non déclarés sont comptabilisés comme actifs. Et les plus concernés sont aussi les plus fragiles et les moins qualifiés. Dans le sud du Brésil, la région la plus de riche, 70% des employés dans la construction civile ne sont pas déclarés. Donc vous imaginez. Ils travaillent sur des chantiers et ne sont pas couverts en cas d’accident ! Les Brésiliens se retrouvent obligés d’accepter des conditions de travail de plus en plus précaires. En temps de crise, pas alternatives.