Entre l’Afrique et la Chine, l’inquiétant trafic de peaux d’âne

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Les chroniques du monde est une chronique de l'émission Europe Soir
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Le trafic de peaux d’âne, très prisées dans la médecine chinoise, prospère entre l’Afrique et l’Empire du Milieu avec des conséquences catastrophiques pour la faune et la population locales. 

Voici le journal du monde, quelques histoires d’ailleurs, qui ne font pas forcément la Une, pourtant elles disent pas mal de choses du monde en marche. La première histoire se déroule à Taïwan, où la justice vient de donner raison à une mère de famille, qui réclame de l’argent à ses fils !

Oui, c’est carrément la Cour Suprême de Taïwan qui a jugé que "oui", Mme Luo était fondée à réclamer à l’un de ses fils (adulte, il a 41 ans) la somme équivalent à un peu plus de 627 000 euros, une évaluation de ce qu’elle a déboursé pour élever son fils.

Oui mais enfin, c’est normal d’élever son fils, et c’est étrange de lui demander des comptes ensuite.

On est d’accord, et c’est bien pour ça que cette histoire est extraordinaire… Car Mme Luo, après son divorce, a élevé seule ses deux garçons, elle avait une clinique dentaire. Mais elle a eu peur que personne ne s’occupe d’elle quand elle serait bien vieille. Alors quand ils ont eu 20 ans (ils faisaient des études de dentistes), elle a demandé à ses fils de signer une sorte de contrat : ils se sont engagés à reverser à leur mère, quand ils travailleraient, 60% des profits nets de la clinique, à hauteur d’un peu moins d’un million et demi d’euros.

Et puis, avec le temps, les fils n’ont pas honoré toute leur dette. La mère a donc porté plainte il y a quelques années. Le plus jeune fils est venu expliquer devant le tribunal qu’il avait déjà remboursé le plus gros, et puis qu’il était très jeune quand il a signé ce contrat. Mais la Cour Suprême n’a pas été de cet avis : à 20 ans on est adulte, en plus le fils a de bons revenus. Donc il doit payer la fin de ses frais de scolarité comme convenu : avec les intérêts, la justice considère qu’il doit encore environ 800 000 euros.

C’est un peu désespérant pour les relations intergénérationnelles en tous cas.

Oui, d’autant que la tradition veut qu’on s’occupe des anciens, dans ces pays confucianistes. A Taïwan c’est même inscrit dans le code civil : un adulte doit subvenir aux besoins de ses vieux parents. Mais ces dernières années, plusieurs affaires de personnes âgées abandonnées et sans ressources ont fait la Une. Donc cette affaire de familles de dentistes a pas mal passionné à Taïwan.

Deuxième histoire de ce journal du monde : on va vous parler d’un trafic mondial très surprenant celui de peaux d’ânes !?

Mais oui ! Les peaux de Bouriquet, Cadichon, les peaux d’ânes. Et ce trafic, c’est en Afrique qu’il se joue. On retrouve Charlotte Simmonart, qui est au Kenya. Bonsoir Charlotte. Plus précisément c’est entre l’Afrique et la Chine !?

Bonsoir, oui voilà, finalement c’est un peu comme les défenses d’éléphants : la peau des ânes est utilisée dans la médecine traditionnelle en Chine. Et ces dernières années, la demande a explosé. Si bien que les Chinois importent désormais la peau d’âne d’Afrique dans des proportions absolument dramatiques.

Mais que fait-on avec de la peau d’âne ?

Les Chinois font du sirop capable, selon leurs croyances, de soigner toutes sortes de maux comme l’anémie, l’insomnie ou encore les conséquences de la ménopause. Un soi-disant remède utilisé depuis toujours. Mais la valeur des peaux d’âne a grimpé ces derniers temps dans des proportions assez folles : la peau d’un animal se vend désormais jusqu’à 800 dollars le kilo ! En quelques années, les Chinois ont décimé la moitié de leurs ânes. C’est pour cela qu’ils importent désormais la peau d’âne d’Afrique, créant un véritable trafic.

Et aujourd’hui, c’est le quadrupède africain qui est menacé ?

Oui, si le trafic continue dans de telles proportions car il ne fait pas l’objet d’élevage intensif comme les vaches par exemple. Et une ânesse met bat en moyenne d’un ânon par an. Des voix s’élèvent pour faire interdire ce commerce. C’est déjà le cas dans plusieurs pays africains comme au Sénégal ou au Mali. Mais ici au Kenya l’exportation de peaux d’âne est légale. Quatre abattoirs existent déjà, tous tenus par des Chinois. Et le gouvernement s’en frotte les mains car c’est un secteur qui génère des emplois et surtout des rentrées fiscales.

Quelles conséquences entraînent ce trafic pour ces populations ?

Les vols et les massacres d’ânes se multiplient depuis 2016, laissant des populations entières sans ressource. Et il faut savoir que l’âne est très utilisé par les populations vulnérables en Afrique. Dans beaucoup de foyers, il constitue une source de richesse car Il permet de transporter l’eau au village, de vendre des produits dans la ville voisine, de labourer son champ. Donc pour ces populations, c’est une catastrophe. On parle déjà de la peau d’âne comme du nouvel ivoire de la Chineafrique.

Merci Charlotte Simmonart, vous nous parliez depuis Nairobi, au Kenya.

En bref, pour finir deux infos britanniques : et d’abord, le Palais de Westminster, est infesté !?

Mais oui, au siège du Parlement britannique, les "bed bugs" pullulent : en français les punaises de lit ! Là-bas elles sont plutôt dans les chaises, les banquettes. Des équipes sont à l’œuvre pour tenter de se débarrasser de ce parasite très résistant et qui gratte.

On reste à Westminster, mais cette fois à l'Abbaye.

C'est là, le 2 juin 1953, que la Reine Elisabeth 2 avait été couronnée. C'est aussi la seule fois qu'on la voit coiffée de sa couronne royale, la vraie : un joyau de la famille d'Angleterre en or massif du 17ème siècle. Eh bien 64 ans après la Reine et sa couronne ont été à nouveau réunies, à l'occasion du tournage d'un documentaire consacré aux joyaux de la couronne. "The Queen" pose avec le symbole de son accession au trône. Le film sera diffusé le 14 janvier sur BBC One.

L'Inde va restreindre l'accès au Taj Mahal.

40 000 personnes maximum par jour, seront désormais autorisées à le contempler. Objectif affiché : mieux préserver le "palais de la couronne" dont le succès augmente la pression sur ses fondations et met en péril son marbre blanc d'Agra. La restriction ne concernera pas les touristes étrangers, qui paient leur ticket d'entrée 1000 roupies, soit 13 euros. Non, seuls les Indiens, qui paient 40 roupies, c'est un tout petit peu plus que 50 centimes sont visés par cette mesure. SAUF, sauf, s'ils acceptent eux aussi de débourser les 1000 roupies.